[Note 6: ] [(retour) ] Il n'est guères de peuples modernes qui n'aient long-temps fait remonter aux Troyens leur origine. On n'ajoute plus foi à ces généalogies, mais il ne faut pas les trouver plus ridicules dans Sigebert que dans Tite Live. Les Romains n'étoient pas moins crédules que nos vieux historiens, et c'est à leur crédulité que nous devons l'Énéide.

[Note 7: ] [(retour) ] La plupart des leçons manuscrits portent: Dame et Renommée. Mais le texte d'Aimoin indique ici le sens que je restitue à la traduction: «Quæ non immerito domina evasit multarum nationum.....»

[Note 8: ] [(retour) ] Le reste du prologue n'est pas dans Aimoin. C'est probablement une addition de notre traducteur.

LIVRE PREMIER

I.

Comment François descendirent des Troiens.

Quatre cens et quatre ans avant que Rome fut fondée, régnoit Priant en Troie la grant. Il envoia Paris, l'aisné de ses fils, en Grèce, pour ravir la royne Hélène, la femme au roy Ménalaus, pour soi vengier de une honte que les Grecs lui eurent jà faite. Les Grecs qui moult furent corrouciés de ceste chose s'esmurent et vindrent asségier Troie.

A ce siège qui dis ans dura, furent occis tous les fils au roy Priant, lui et la royne Ecuba sa femme. La cité fu arse et destruite, le peuple et les barons occis. Mais aucuns eschapèrent de cele pestilence et plusieurs des princes de la cité, qui s'espandirent en diverses parties du monde pour querre nouvelles habitacions; comme Hélénus, Énéas et Anthénor, et maint autre. Cil Hélénus fu l'un des fils au roy Priant, et si estoit poëte et bons clerc. Il enmena avec lui mil deus cens des exiliés de Troie: en Grèce s'en ala au règne Pandrase: de lui sortit grant lignée. Enéas qui refut un des grans princes de Troie, se mist en mer avec quatre mil et quatre cens Troiens; en Cartage arriva après grans périls et grans tourmens que il eut en mer souffers. Avec Dido, la royne de la cité, demoura une pièce de temps, puis s'en partit et arriva en Ytalie qui, par sort, lui estoit destinée selon les fables Ovidiennes. La terre conquist et régna, puis, trois ans. Après sa mort, Ascanius son fils espousa Lavine, la fille au roy Latin: un fils eut de celle dame qui fu appelé Silvius. Quant il fu grans et parcréus, il hanta tant ès chambres de sa mère que il engroissa une siene nièce, si engendra en elle Brut. Ce Brutus enmena puis la lignée de Lern[9] dont nous avons dessus touchié, en l'ile d'Albion qui ore est apelée Angleterre, et Corinée qui estoit descendu de la lignée de Anthénor. Quant ils eurent cette île prise, qui au temps de lors estoit habitée de jaians[10], Corinée ot à sa part une contrée de la terre qui encore est apelee Cornouaille, par la raison de son nom. L'autre partie de la terre que Brutus retint à soy, refut de son nom apelée Bretaigne. Lors fonda une cité tout à la semblance de Troie la grant, et l'apella Trinovaque[11], c'est-à-dire Troie nouvelle. De celui Brut descendirent tous les roys qui puis furent en la terre, jusques au temps que Anglois, qui vinrent de une des contrées de Saissoingne[12] qui estoit apellée Angle, pristrent la terre, des quels elle est apelée Angleterre.

[Note 9: ] [(retour) ] Lern. Tous les manuscrits et tous les imprimés portant ce nom ou celui de Levi; c'est donc une faute du traducteur plutôt que du copiste. Il faut lire Helenus. Brut en effet, chassé d'Italie, vint en Grèce, où s'étoit établi Helenus. On lit dans le roman de Brut que va publier M. Leroux de Lincy:

Cil (Brutus) passa mer, en Gresce ala

De cels de Troie ilec trova

Tote la lignie Heleni.....

(Tom. I, vers 1049.)

[Note 10: ] [(retour) ] Voy. le roman de Brut, terminé en 1165, et qui le plus souvent traduit Geoffroi de Montmouth. (Tom. Ier, v. 1063.)