[372]Agricole évesque de Chalons et Dalmathice de Rodais[373] trespassèrent plains de sainteté et de bonne vie de ce siècle. Cet Agricole est celui de qui mention est faite en la vie saint Germain qui fu évesque de Paris. L'églyse de sa cité orna de riches colonnes de marbre, avant qu'il mourust, et la fist paindre moult richement de diverses paintures[374]. Dalmathice l'autre évesque fist la sienne par plusieurs fois abattre, et pour ce que il la cuidoit tousjours amender, la lessa-t-il néant parfaite.
[Note 372: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 41.
[Note 373: ] [(retour) ] Rodais. «Rutenensis.» (Aimoin.) C'est Rodez.
[Note 374: ] [(retour) ] «Ecclesiam suæ civitatis columnis fulcivit, marmore varlavit, musivo depinxit.» (Grégoire de Tours, lib. V, ch. 46, et Aimoin.) Ce passage et une foule d'autres de Grégoire de Tours pourroient faire croire qu'une grande partie de ce que nous appelons antiquités romaines, date seulement des premiers temps du la monarchie françoise.
XIV.
ANNEES 580/583.
Comment les prélats contredirent l'hirésie que le roy Chilperic
vouloit essaucier[375].
[Note 375: ] [(retour) ] Essaucier. Exhausser.
[376]Le roy Chilperic, qui voloit mouteplier une nouvelle hirésie, escrit aus évesques de son royaume que ils dejetassent le nom de la Trinité et dénonçassent celui mesme qui Père est, Fils et Saint-Esperit, et celui qui est Fils et Saint-Esperit, Père, si que nulle division ne fust de personnes en Dieu. De ce amonesta l'archevesque Grigoire de Tours qui tous les autres prélats passoit en bonne vie et sainteté, et lui dist que saint Hilaire et saint Augustin estoient contraires à cette raison. Saint Grigoire lui respondi: «Roy, tu dois garder que celui ne se courrouce à toi, en la foi duquel furent ces prescheurs que tu connois contraires à cette pesme[377] doctrine que tu nous veus élever.» Quant le roy lui eut respondu assez orgueilleusement que il conviendroit demander conseil à plus sages que il n'estoit, le saint homme dist que celui-là ne seroit pas sage qui autrement sentiroit de la foy. Salvie, un des évesques d'Albijois, entra en ces paroles au palais; le roy l'admonesta que il se consentist à lui; puis lui lut en l'oreille la chartre de l'hirésie que il avoit compilée. Quant l'évesque eut la boulgrerie[378] entendue, il en eut si grant horreur et si grant abominacion, que il l'eust rompue ou arse au feu, s'il la pust avoir tenue. Le roy vit bien que tous les évesques estoient contraires de cette perverse hirésie que il vouloit alever contre la foy: pour ce se retrait-il de ce propos et de cette intention. Mais toutes-voies ajousta-il au nombre de nos lettres omega, cette lettre grecque qui vaut ô, et trois autres dont l'on trouve les caractères ès chartres que il donna et qui furent seelées en son temps. Il manda par toutes les cités du royaume que les enfans fussent introduits en ces lettres, et les livres ponciés et rescrits[379].
[Note 376: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 40.