[Note 424: ] [(retour) ] Cette parenthèse est une réflexion du traducteur.

Incidence. En cette année furent veues roses au mois de janvier; et les arbres, qui avoient porté fruit en juin, reflourirent en septembre.

[425]Le roy Chilperic qui se doutoit que son frère, le roy Gontran, et son nepveu, le roy Childebert, ne feissent conspiracion contre lui, fist ses trésors porter en la cité de Cambrai: tout son povoir et sa deffense fist et establi en cette ville; souvent faisoit assembler et gesir[426] ès chans, en paveillons, ainsi comme s'il deust ostoier[427]. [428]Es calendes de septembre envoia sa fille en Espaigne pour espouser, en telle manière comme nous vous dirons. Quant il fu à Paris reparié, il sépara les fils des pères qui estoient ses hommes de fief, et les contraignit par force d'aler en Espaigne avec sa fille, desquels aucuns se pendirent pour ce que ils ne vouloient pas laisser leur contrée ni leurs parens; et aucuns de ceus qui furent contraints à aler là, firent leur testament ainsi comme s'ils deussent morir. Tels cris et tels plours y eut lors à Paris, comme il eut jadis en Egypte, quant les Egypciens virent morts les aisnés de leurs fils. Lors manda le roy Childebert au roi Chilperic que il ne donnast à sa fille nul des trésors ni des richèces que il avoit ravies ès cités que il lui avoit tolues, ni des chetifs que il avoit emprisonnés. L'un de ces mesages fu occis secretement: le roy mesme fu soupeçonné du fait. Par les deus autres mesages manda à son nepveu que il ne feroit nule presumcion[429] contre la deffense que il lui avoit faite et que il avoit assez à donner à sa fille d'autres choses, de ses propres trésors. La royne lui donna tant en or et en argent et en joiaus que il sembloit au roy que il demouroit povre. Elle s'apercu bien que il ne plaisoit pas bien à son seigneur, que elle lui donnast tant; pour ce dist, une heure, aus François qui entour lui estoient, si apertement et si haut que le roy l'entendi bien: «Seigneurs,» dist-elle, «vous ne devez pas cuider que ce jouel que nous avons donné à nostre fille soient des trésors le roy; le roy mesme m'en donna une partie en douaire, l'autre partie j'ai aquise et conquestée par mon propre labour: et vous mesmes, seigneurs François, m'en avez donné une partie.» Par telle satisfacion apaisa le courage le roy. Les plus nobles des barons de France firent à la damoisèle présens de diverses manières de joiaus. La royne et les barons lui donnèrent si largement que sept chars furent tout chargiés de ses trésors et de ses joiaus. De Paris issi à grans plours et à grans soupirs: droitement ainsi que elle issoit de la porte de la cité, une des roues de son char brisa si qu'elle cheï à terre: pluseurs furent qui cette chose notèrent en male senificacion, et dist le peuple que ce estoit signe de mauvaise fortune. Quant ceus qui la demoisèle conduisoient l'eurent convoié près de huit lieues, ils tendirent leurs tentes pour eus reposer. Tandis que ils faisoient ce, cinquante homes ravirent cent de leurs chevaus tous enselés et tout enfrenés de lorains[430] dorés, et s'enfuirent au roy Childebert. Quant le roy Chilperic oy ce, il se douta moult que son nepveu ou ses frères n'eussent agais basti pour sa fille desrober: quatre mille homes fist armer pour lui conduire; livrés furent à deus chevetains qui avoient nom Bobon et Wadon: et manda le roy que leurs despens fussent pris sur le peuple et sur les povres gens, tant comme ils la conduiroient, pour que ses trésors n'apétissassent. A telle procession et à tel plenté de mesnie d'homes et de femmes s'en aloit-elle en Espaigne. Ceus qui la conduisoient gastoient tout le païs avant eus. A tel boban parti de France comme vous avez oy; mais sa prospérité fu puis muée en adversité, ains que elle fust hors du royaume si comme vous oirez assez tost après.

[Note 425: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 53.

[Note 426: ] [(retour) ] Gésir. Coucher. De jacere.

[Note 427: ] [(retour) ] Ostoier. Guerroyer.

[Note 428: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 55.

[Note 429: ] [(retour) ] Presumcion. Prise préalable.

[Note 430: ] [(retour) ] Lorains. Mords.

XIX.