Note 311: Montreuil-Bellay, entre Saumur et Thouars, sur
l'Argenton.
Note 312: Les manuscrits les plus anciens ajoutent: «La veille de
feste Saint-Martin-le-Boullant,» ou le Bouillant.
Après ce qu'il s'en furent partis, le roy fist garnir le chastel de Niort, et mena son ost à Saint-Jehan-d'Angeli. Ceux de la ville, quant il sorent la venue le roy, se doubtèrent moult et pristrent conseil et alèrent au plus tost qu'il porent encontre luy, et se rendirent et receurent le roy moult honnourablement en la ville. Le roy, qui fu moult lié de la prospérité qui avenue luy estoit, se partist au plus tost qu'il peust d'illec, et s'en tourna vers la Rochelle, et l'assist le jour des ydes de juing. Il fist drecier ses engins devant les murs, et greva trop forment ceux de la ville. Mais Savary de Maulion et trois cens chevaliers, et pluseurs souldoiers qui dedens estoient, deffendirent et tindrent le chastel forment et viguereusement contre le roy et sa gent.
Ainsi comme le siège et la guerre eut jà duré par dix-huit jours, il avint que le clergié et les religions et le peuple de Paris s'esmurent et alèrent solempnellement, nus piés et en langes, dès l'églyse Nostre-Dame jusques en l'abbaye Saint-Antoine, pour que Dieu envoyast victoire au roy de France; et furent à ceste procession trois roynes: ma dame Ingebour, jadis femme au roy Phelippe, ma dame Blanche femme le roy Loys, ma dame Berengière femme le roy Jehan de Jhérusalem. L'endemain de ceste procession avint, si comme Dieu le voult, que contens et descort mut entre Savari de Maulion et autres chevaliers qui le chastel de la Rochelle gardoient, pour ce qu'il trouvèrent pierres et bran[313] en une huche au lieu d'argent que il cuidoient que le roy d'Angleterre leur eust envoyé pour la guerre maintenir. Et pour ce et pour la doubtance que il orent du roy Loys, qui, de jour en jour, les faisoit assaillir forment, luy rendirent le chastel, sauve leur vie, et s'en fouyrent en Angleterre. En ceste manière les Anglois, qui longuement s'estoient atapis en la terre d'Acquitaine, se départirent à envis ou volentiers du royaume de France.
Note 313: Bran. Son. Les manuscrits les plus anciens racontent tout cela en d'autres termes.
Quant les Limosins, tuit ceux de Pierregort et tuit ceux de çà la Garonne oïrent dire que la Rochelle estoit prise, il vindrent au roy et luy firent hommage volentiers, et de gré luy jurèrent loyauté à tenir[314]. Le roy Loys mist garde à la Rochelle, et si prist les seremens des bourgois de la ville et repaira à moult grant léesce en France.
Note 314: «Exceptés les Gascoings qui sont entre la Guarone et le fleuve courant.» (Msc. 8396.-2 et en général les plus anciens.)
Incidence.—Dedens les octaves de l'Assumpcion Nostre-Dame, concile général fu tenu à Montpellier, de l'auctorité et commandement le pape Honoré, qui avoit mandé et donné en commandement à l'archevesque de Nerbonne que la paix que le conte Raimont de Thoulouse et les autres barons d'Albigois avoient promis à tenir à saincte églyse feust oïe diligemment, et que l'archevesque le recommandast au pape dessoubs son seel enclose. L'archevesque de Nerbonne assembla ses prélas, évesques, abbés et clers de toute la diocèse de Nerbonne, et prist le serment du conte de Thoulouse et de tous les barons de la terre d'entour que il tendroient la terre paisiblement et seurement, et obéiroient à l'églyse de Rome; et restabliroient aux clers et aux chanoines leur rentes entièrement, et rendroient les dommages à quarante mille mars d'argent dedens trois ans, et feroient justice sans demeure de ceux qui seroient attains et convaincus de hérésie; et osteroient, selonc ce qu'il pourroient de tout leur province, la mauvaistié de hérésie.
Es octaves de la Saint-Martin d'yver ensuivant, le roy Loys de France et le roy Henry d'Alemaingne, fils Federic l'empereur, qui de la volenté son père avoit esté nouvellement couronné en roy d'Alemaingne, assemblèrent à Vaucoulour, pour traictier d'aucun prouffit pour les deux royaumes.