Il et elle, lez à lez,
La tiennent de compaignie;
Cil n'en est fors rois clamés
Qui piechà est couronés.

(Romancero François, page 188.)

Si comme le roy chevauchoit parmi la contrée d'Orlians[338], il luy fu annoncié que les barons le faisoient espier pour prendre. Si se hasta moult d'aler à Paris, et chevaucha tant qu'il vint à Montlehery. D'illec ne se voult départir pour la doubtance des barons; si manda à la royne, sa mère, que elle luy envoyast secours et aide prochainement. Quant la royne oï ces nouvelles, si manda tuit les plus puissans hommes de Paris et leur pria qu'il voulsissent aidier à leur jeune roy: et il respondirent qu'il estoient aprestés du faire, et que ce seroit bon de mander les communes de France, si que il fussent tant de bonne gent que il peussent le roy jetter hors de péril. La royne envoya tantost ses lettres par tout le pays, et si manda que l'on venist en l'aide à ceux de Paris, pour délivrer son fils de ses ennemis. Et s'assemblèrent de toutes pars à Paris les chevaliers d'entour la contrée et les autres bonnes gens.

Note 338: Par la contrée d'Orlians… Nangis dit: «Cùm rex esset apud Castra sub Monte-Leterici.» C'est Châtres, aujourd'hui Arpajon, petite ville à peu de distance de Montlhery: il en est fait mémoire dans le fameux Noël:

Tout les bourgeois de Châtres
Et ceux de Montlhery.

Par corruption, on prononce: Les bourgeois de Chartres

Quant il furent tous assemblés, il s'armèrent et issirent de Paris à banières desployées, et se mistrent au chemin droit à Montlehery. Si tost comme il furent acheminés, nouvelles en vindrent aux barons: si se doubtèrent forment de la venue de ces gens, et distrent entr'eux qu'il n'avoient pas tel force de gent qu'il se peussent combatre à eux. Si se départirent et s'en alèrent chascun en sa contrée. Et cil de Paris vindrent au chastel de Montlehery, là trouvèrent le jeune roy, si l'en amenèrent à Paris, tout rengiés et serrés et appareilliés de combatre, s'il en fust mestier[339].

Note 339: Le récit sommaire de Nangis a beaucoup moins d'intérêt.
L'appel fait aux communes y est omis.

V.

ANNEE 1227.