Si comme le roy entendoit à faire l'abbaye de Royaumont, nouvelles luy vindrent que les bourgois de Paris et les clers estoient en grans contens et en grant hayne. Et y furent plusieurs clers occis, car il commencièrent la meslée, et des bourgois ot aussi aucuns d'occis. Et pour ce que les clers n'orent amende à leur volenté, il s'esmurent et distrent qu'il iroient en autre contrée pour estudier. Le roy d'Angleterre, qui bien sceut le descort, leur mandaqu'il venissent à Ocenefort[365]; et il leur donroit hostels et maisons franchement jusqu'à dix ans, et pluseurs autres franchises s'il y vouloient demourer. Mais le roy de France ne voult pas que le clergie[366] s'esloingnast de luy, si fist la paix des clers et des bourgois, et fist tant que les clers demourèrent et repristrent leur leçons et commencièrent à lire. Pour ce le fist le roy que chevalerie et clergie sont volentiers ensemble.

Note 365: Ocenefort. Sans doute Oxford.

Note 366: Le clergie. C'est-à-dire: Le corps des savans.

Jadis en l'ancien temps, clergie demoura à Athènes et chevalerie en Grèce. Après, d'ilec s'en parti et s'en ala à Rome, et tantost chevalerie après. Par l'orgueil des Romains se parti le clergie de Rome et s'en vint en France, et tantost chevalerie après. Et de ce nous segnifie la fleur de lis qui est escripte ès armes au roy de France. Car il y a trois feuilles[367]: la feuille qui est au milieu nous segnifie la foy crestienne, et les autres deux du costé segnifient le clergie et la chevalerie qui doivent estre tousjours appareillés de deffendre la foy crestienne. Et tant comme ces trois demoureront en France, foy, clergie et chevalerie, le royaume de France sera fort et ferme et plain de richesce et de honneur[368].

Note 367: Trois feuilles. Il s'agit ici des feuilles qui composent la fleur de lys, et non pas du nombre de ces fleurs dans l'écu royal.

Note 368: Nous pardonnera-t-on d'exprimer ici le regret que tous les vieux François éprouvent de ne plus voir les Fleurs de lys dans l'écu royal de France? Et l'histoire dira-t-elle à la postérité que l'écu l'azur aux trois fleurs de lys d'or fut irrévocablement répudié par un descendant de Saint Louis et de Henri IV, par un Bourbon?

XIV.

ANNEE 1231.

Coment le moustier de Saint-Denis fu renouvelé.

Heude, l'abbé de St-Denys en France, fu en moult grant pensée coment il pourroit renouveller le moustier Saint-Denys; car il n'avoit esté de riens amendé puis le temps au fort roy Dagobert, qui premièrement le fist faire pour la grant amour qu'il avoit au glorieux martir et à ses compaignons: et quant il l'ot fait faire tout nouvel, il le fist couvrir de fin argent pur, sans autre métal; et demoura ainsi couvert jusques au temps Charles le Chauve, qui prist tout l'or et l'argent qui estoit dedens l'églyse et la fist découvrir, pour les grans guerres qui furent en son temps. Si estoient les voultes si vieils et si corrompues que elles estoient comme au tresbuchier. Né les abbés n'y osoient riens renouveller pour ce qu'il avoit esté dédié, présentement et en appert, de par Nostre-Seigneur Jhésucrist: né on n'osoit le moustier refaire né amender, pour ce que si hault sire come est Nostre-Seigneur l'avoit visité. Si s'en conseilla au roy de France et luy monstra coment la chose aloit. Le roy prist ses messages et les envoya à la court de Rome, et manda à l'apostole coment il vouloit que celle besoingne fust faite. Et l'apostole luy rescript: «Biau chier fils, sé Nostre-Seigneur visita l'églyse pour l'amour du glorieux martir et de ses compaignons, ne fu son entencion de parfaire le moustier perdurable et sans nulle fin. Et devez savoir que toutes les choses qui sont soubs le cercle de la lune encloses sont corrompables né ne peuvent demeurer en un estat; pour quoy nous vous mandons que l'églyse soit refaite en telle manière que on y puisse Nostre-Seigneur servir et honnourer.»