Note 391: Fontenay. Ce doit être le Fontenay, plus tard surnommé l'Abbatu, et aujourd'hui seulement désigné sous le nom de Rohan-Rohan. Il est à deux lieues du Fontenay-le-Comte, au-delà de Niort.
Note 392: Vovant ou Vouvant, dans le Poitou, au nord de Fontenay, et sur la rivière de Vendée.
XXIX.
ANNEE 1242.
Coment l'en voult empoisonner le roy de France.
La femme au conte de la Marche[393] bien vit et apperçut que le roy avoit greigneur force que son baron. Si appella deux hommes qui estoient ses sers et leur dist en conseil et pria que en toutes manières il féissent que il empoisonnassent le roy et tous ses frères; et sé il povoient ce faire, elle les feroit riches et leur donroit grant terre. Cil s'accordèrent à ce faire et luy promistrent qu'il en feroient tout leur povoir. Pour ce faire elle leur bailla venin tout appareillié que il ne convenoit que mettre en vin et en viandes, pour tantost mettre à mort celluy qui en mengeroit.
Note 393: Isabelle, veuve de Jean-sans-Terre.
Les sers se misrent à la voie et vindrent en l'ost le roy de France; si se commencièrent à traire vers la cuisine du roy, et approuchièrent des viandes tant que ceux qui gardoient les viandes les orent pour souspeçonneux, si espièrent qu'il vouloient faire et les prisrent tous prouvés, si comme il vouloient jecter le venin ès viandes du roy.
Quant il furent pris, on demanda que on en feroit, et le roy dist qu'il eussent le guerredon et la desserte de leur présent qu'il apportoient; si furent menés aux fourches et pendus. Nouvelles vindrent à la contesse que ses deux sers estoient pris et avoient esté pendus, et qu'il avoient esté pris tous prouvés de leur mauvaistié; si qu'elle en fu moult courouciée, et prist un coutel et s'en vouloit férir parmi le corps, quant sa gent luy ostèrent; et, quant elle vit que elle ne povoit point faire sa volenté, elle desrompi sa guimple et ses cheveux, et mena tel deuil qu'elle en fu longuement au lit sans soy reconforter.