LXXVIII.

ANNEE 1256.

Coment le roy faisoit abstinence de son corps.

Le roy, du consentement la royne sa femme, se tenoit par tout l'avent et par tout caresme, et par toutes les hautes vigiles, de couchier en son lit. Et, après ce qu'il avoit receu le précieux corps Nostre-Seigneur Jhésucrist, il s'en tenoit par trois jors. Il vouloit que ses enfans qui estoient parcreus et en aage oïssent chacune journée matines, la messe et vespres, et complie hautement à note, et vouloit qu'il fussent au sermon pour entendre la parole de Dieu, et que il déissent chascun jour le service Nostre-Dame, et qu'il scéussent lettres pour entendre les escriptures.

Quant il avoit souppé, il faisoit chanter complie, et puis retornoit en sa chambre et faisoit ses enfans séoir devant luy, et leur monstroit bonnes exemples des princes anciens qui par convoitise avoient esté décéus, et les autres qui par luxure et par orgueil et par tels vices avoient perdu les royaumes et leur seigneuries. Il faisoit porter à ses enfans chapeaux du roses ou d'autres fleurs au vendredi, en remembrance de la saincte couronne d'espines dont Jhésucrist fu couronné le jour de sa saincte passion.

LXXIX.

ANNEE 1256.

Coment le roy se confessoit.

A coustume avoit le roy de soy confesser tous les vendredis de l'an dévotement et secretement. Tousjours après sa confession recevoit discipline par la main de son confesseur de cinq petites chaiennes de fer jointes ensemble que il portoit en une petite boiste d'ivoire en une aumonière de soie. Telles boistes à tout telles chaiennes donnoit-il aucunes fois à ses privés amis pour recevoir autelle discipline comme il faisoit. S'il avenoit que son confesseur luy donuast trop petis cous, il luy faisoit signe qu'il ferist plus asprement. Pour une haute feste il ne laissoit à prendre sa discipline dessus dicte[507].

Note 507: Guillaume de Nangis, que notre auteur traduit dans tous ces pieux détails, ajoute ici: «Né ce ne fait pas à trespasser coment uns confessors que li rois ot devant frère Gefroi de Baulieu, li donnoit aspres et dures disciplines, en tele manière que sa char, qui tendre estoit, en estoit moult grevée. Mais oncques li bons rois, tant come il vesqui, ne le voult dire; ainsois le dist après sa mort tout en jouant et en riant à frère Gefroi.» (Edition du Louvre, p. 239.)