Coment Mainfroy fu déposé.

Il avint, assés tost après que le roy Henry d'Angleterre fu retourné en son païs, que Mainfroy fu derechief de par le pape escommenié et le mist hors de toute dignité par sentence définitive, comme celluy qui estoit appert ennemi de saincte églyse, et avoit en sa compaignie Sarrasins et Juifs et toute manière de gens qui estoient contraires à saincte églyse et à la foy crestienne[550].

Note 550: Au lieu de ce chapitre, les autres manuscrits portent: «Il avint, assez tost après que le roy Henry d'Angleterre fu retourné en son pays, que Mainfroy prince de Tarente prist assez de fors chastiaux et de cités au royaume de Secile en sa main en faingnant qu'il estoit tuteur et curateur de Conradin son nepveu, pour ce qu'il estoit enfant, né n'estoit pas en aage de tenir terre. Après ce, il fist tant par dons et par promesses que il fu couronné à roy de Secile, et que tous les chevaliers si accordèrent contre la volenté de l'églyse de Rome de qui le royaume de Secile estoit tenu.»

LXXXVI.

ANNEE 1260.

Coment Tartarins destruirent pluseurs contrées.

Nouvelles vindrent au roy de France que les Tartarins avoient destruit grant partie de la terre d'Oultre-mer, et luy fu dit de par le pape que il avoient occis tant de Sarrasins que nul n'en savoit le nombre, et le soudan desconfit et le roy d'Arménie; et avoient pris Antioche, Triple, Damas, Halape, et toutes les terres environ; et estoit leur propos, si comme aucuns crestiens disoient, de passer oultre et de destruire toute crestienté. Quant le roy oï telles nouvelles si manda tous les barons de France et leur conta coment les Tartarins avoient destruit la terre d'Oultre-mer, et que leur propos estoit de venir en France si comme l'en disoit. Si s'accordèrent tous les barons par le conseil le roy que l'en fist aumosnes aux povres, et que les religions féissent processions et prières que Nostre-Seigneur voulsist garder son peuple. Avec ce il commanda au peuple qu'il se gardassent de jurer villainement et d'aler ès tavernes pour les gloutonnies qui y sont faictes et dictes: tournoiemens furent deffendus et joustes et hourdéis[551]. Tous jeux furent deffendus fors du traire d'ars et d'arbalestres. Si avint que les Tartarins qui menoient si grant maistrise, furent seurpris de diverses maladies, si s'en retournèrent pluseurs en leur terres et pluseurs en moururent.

Note 551: Hourdéis. Lutte de plusieurs contre plusieurs. Nangis ajoute: Usquè ad biennium. Pendant deux ans. Ce qui prouve que saint Louis ne défendoit alors les tournois que par esprit de pénitence et non dans l'intention d'en abolir définitivement l'usage.

LXXXVII.

ANNEE 1260.