Pape Urbain qui fu désirant de mettre à fin la mauvaistié de Mainfroy, envoia ses messages au roy de France, et li requist qu'il voulsist secourre et aidier à l'églyse de Rome contre le roy Mainfroy de Secile qui s'estoit mis et bouté en la terre et au royaume à tort et sans raison; lequel royaume doit estre tenu de l'églyse dès le temps l'empereur Constantin qui le donna et octroia au patrimoine saint Père, et voult que quiconques en seroit roy qu'il en fust homme saint Père, et qu'il le tenist de luy. «Et comme Mainfroy ne veuille faire droit à sainte églyse, biaus chier fils, je vous prie que vous m'envoiez Charles vostre frère à tout son povoir, et nous luy donnons et ottroions le royaume de Secile et la duchiée de Puille. Et après ce, nous voulons qu'il soit prince de Calabre. Et toutes ces dignités nous luy octroions jusques à la quarte ligniée qui de luy istra.» Quant le roy oï ces nouvelles, si se conseilla qu'il en feroit; né n'estoit pas sa volenté que Charles son frère y alast, sé il n'avoit les dignités dessus nommées à tous ses hoirs et à tousjours-mais. Mais Charles reçut le mandement l'apostole liement, et dist au roy que sa volenté estoit de secourre saincte églyse et de luy aidier selon son povoir. Le roy ne voult pas empeschier le bon propos son frère, si luy octroia.

Tant estoit monté Mainfroy en grant estat, qu'il avoit en s'aide toute la greigneur partie des cités d'Italie, et luy obéissoient comme à seigneur et à roy. Si establi ilec et en son nom Poilevoisin[567] à grant compaignie de gent d'armes;—il ressembloit Mainfroy de contenance et de manière plus que nul homme;—pour ce que il gardast les passages, que nul ne peust passer oultre qui fust de l'aide le pape de Rome: né messagier né autre ne povoit en nulle manière passer qu'il ne perdist la vie, ou il estoit mis en prison.

Note 567: Poilevoisin. Palavicino.

Nouvelles vindrent en France que Poilevoisin gardoit les passages si estroictement que nul ne povoit passer. Si manda le conte Charles, qui estoit esleu à roy de Secile, Phelippe de Montfort, bon chevalier et hardi, pour abatre et oster la mauvaistié Poilevoisin, et pour délivrer le chemin de Rome. Iceluy Phelippe se mist à la voie, et emmena avec luy le Marchis de Montferrant et toute la commune de Milan, qui à celle fois furent de la partie aux François; car il avoient en grant haine Mainfroy pour ce que l'empereur son père avoit fait abatre toutes les tours de Milan, et les forteresces; et si leur avoit osté les trois rois qui vindrent aourer Nostre-Seigneur quant il fu né, et les envoia à Coulongne sus le Rhin.

Phelippe de Montfort vint à un pas où il trouva Poilevoisin à tout moult grant ost, et avoit en son aide toute la forte gent de Cremonne. A eux se combatirent si vertueusement que Poilevoisin tourna en fuie et ceux de Cremonne, et laissièrent le pas tout délivre[568]. Phelippe et sa gent passèrent oultre, si trouvèrent les tentes à ceux de Cremonne, et leur garnisons de vins et de viandes. Si prisrent tout quanqu'il porent trouver de bon, et puis boutèrent le feu dedens et s'en passèrent oultre, et délivrèrent les passages et les chemins; si que tous ceus qui vouloient aler à Rome povoient passer seurement.

Note 568: Delivre. Libre.

Ce jour meisme que Phelippe de Montfort se combati, mourut pape Urbain. Tantost les cardinaux s'assemblèrent et se hastèrent moult de faire pape, pour le triboul où l'églyse de Rome estoit contre Mainfroy: si firent pape de messire Guy et le nommèrent Climent. Cil ot premièrement femme et enfans. Après la mort sa femme, il fu évesque de son pays, et après il fu archevesque de Nerbonne sus mer, et après il fu cardinal de saincte Sabine et puis pape de Rome.

XCI.

ANNEES 1264/1266.

Coment le conte Charles fu couronné à roy de Secile.