Quant le roy sot leur reponse, si commanda que les malades fussent portés au chastel, povres et riches; desquels pluseurs moururent en la voie. Les autres furent hebergiés en la maison des Frères Meneurs qui demeuroient au dehors du chastel; et les autres hebergiés en maisons de terre et de boe, où leur capres et leur asnes gisoient: et si estoient les maisons du chastel bonnes et belles et deffensables. Poi y trouvèrent François de vitaille, et ce qu'il y trouvèrent leur fu chier vendu: la poule qui n'estoit vendu que quatre genevois, leur fu vendue deux sous et les autres viandes montèrent si haut que à paine y povoit-on avenir, et les tournois[601] qui estoient prins pour dix-huit Genevois, ne voudrent prendre que pour tournois[602].

Note 601: Les tournois. Il faudroit les douze tournois.

Note 602: Tournois. Il faudroit Genevois. Au reste, voici le texte latin de Nangis: «Plus etiam faciebant, quia duodecim uronenses prius decem et octo Januenses valebant, et tunc nolebant recipere pro Januensibus nisi denarios Turonenses.» Du Cange a, dans son Glossaire, omis le mot Januensis, et les éditeurs de la nouvelle édition ont seulement mentionné Januinus, qui se trouvoit dans une citation du mot Bruneti, de Du Cange. Les Genevois étoient de petites pièces de cuivre, précédemment appelées Bruns ou Brunets.

Le roy sot coment la besoigne aloit, si leur envoia le mareschal de l'ost pour eux monstrer qu'il fussent plus courtois à sa gent. Il respondirent plus par paour que par amour que il feroient la volenté le roy, et que le chastel estoit en son commandement, et que il y venist demourer s'il luy plaisoit; mais[603] que les Genevois qui estoient mariniers le roy ne venissent point dedens le chastel pour ce qu'il estoient anemis aux Puisans leur maistres. Le mareschal respondi que le roy n'avoit que faire de leur chastel, né de leur forteresses, fors tant seulement que les malades de son ost fussent courtoisement traitiés, et que les viandes leur fussent données à certain pris et raisonnable. Il ottroièrent tout, mais poi ou noient en firent, fors tant seulement de pain et de vin qu'il abandonnèrent plus largement. Pour laquelle chose François furent moult courouciés, et distrent au roy qu'il vouloient le chastel destruire, mais il ne s'y voult accorder; ainsois respondi qu'il n'estoient point partis de France pour combattre aux crestiens.

Note 603: Mais. Pourvu.

CVIII.

ANNEE 1270.

Coment le roy attendoit sa gent au port de mer.

Si comme le roy attendoit sa gent au port de Castel-Castre, les autres nefs qui estoient parties du port de Marseille et d'Aiguemorte vindrent aussi comme toutes ensemble au port où le roy estoit. Lors s'assemblèrent tous ensemble les barons, et se conseillèrent quelle part il iroient. Si fu accordé que il iroient tous à Tunes; car le roy de Tunes avoit aucunes fois envoié messages au roy de France que il disoit que volentiers se crestienneroit, mais qu'il eust convenable achoison du faire pour la paour des Sarrasins. Pour cette espérance s'accordèrent tous d'aler celle part.

Quant ceux de Castel-Castre virent que le roy se vouloit partir du port, il présentèrent au roy vingt pipes de vin du meilleur que il eussent; mais le roy refusa leur présent et la présence de leur personnes; et leur fist dire qu'il fussent courtois aux malades de son ost, car ce tenoit-il à grant don et à grant présent.