Incidence.—En celle année tout le mois de juing, de juillet et d'aoust fu l'air si destrempé et si grans pluies que les blés germoient ès espis avant qu'il peussent estre soiés.
Incidence.—En celle année, au vingt-deuxiesme jour de juing en la veille Saint-Jehan, en ce point que les deux roys estoient au siège devant Acre, fu éclipse de soleil en l'onziesme degré du signe de l'écrevische, la lune au sixiesme de ce meisme signe, et la queue du dragon au douziesme; et si dura l'éclipse par quatre heures.
VI.
ANNEE 1191.
De la maladie Loys le fils le roy Phelippe, et pourquoi le corps saint Denis et de ses compaignons furent trais hors.
Au mois d'aoust qui après vint, en la dixiesme kalende, le jeune Loys fils le roy Phelippe que il ot laissié en France chéy en une maladie que physique nomme disintère[106]. Et comme tous les physiciens se désespérassent de sa vie, il fu acordé de commun conseil que on eust recours et refuge à celuy qui est garde et deffense du royaume, c'est le glorieux martir saint Denis. Lors ala le couvent de léans, tous piés nus, en larmes et en oroisons, par moult grant dévocion à tout le saint clou et la saincte couronne et le destre bras de saint Siméon, jusques à saint Ladre de lès Paris. L'évesque Morise et tous ses chanoines, et tout le couvent de la cité, et moult grant multitude de clers de l'université et du peuple alèrent encontre les sainctes reliques jusques au couvent de Saint-Denys, et y portèrent par grant dévocion maintes dignes reliques et mains glorieux corps sains.
Note 106 Disintère. Dyssenterie.
Quant ensemble se furent joins et donné benéicon l'un à l'autre, il ordonnèrent leur procession et alèrent chantant à larmes et à souspirs jusques devant le palais le roy, où l'enfant gisoit malade. Quant le sermon fu fait au peuple, et il orent rendu graces à Nostre-Seigneur apertement, par les mérites des glorieux martirs saint Denys et des autres confesseurs dont les sainctes reliques estoient présentes, il retourna maintenant en plaine santé à l'atouchement du saint clou et de la saincte couronne et du bras saint Siméon qu'il luy firent atouchier en croix, sur son ventre, en l'endroit où la maladie le tenoit. Et, (si comme l'en afferme pour voir), le roy Phelippe son père qui au siège d'Acre estoit, fu guary d'autelle maladie, droit en ce point et en celle heure mesme.
Quant l'enfant ot les reliques baisiées et receue la benéicon, toutes les processions s'en retournèrent et se tindrent en ordre et alèrent ainsi chantant jusques à l'églyse de Nostre-Dame. Là rendirent grace à Nostre-Seigneur, et à la benoite vierge Marie louanges, oblacions et devotes oroisons. Si s'en retournèrent les processions. Les chanoines et mains autres raconvoyèrent les reliques saint Denis et le couvent jusques tout dehors la cité; là donnèrent benéiçon l'un à l'autre, si se départirent en grant amour et en grant humilité.
Les processions de Paris et tout le peuple de la cité avoient moult grant joie, ainsi comme il s'en retournoient, de ce que les reliques saint Denys avoient été ainsi aportées à Paris en leur temps; car on ne trouve point escript qu'elles fussent oncques mais traictes hors des portes du chastel pour nul besoing né pour nul péril: si ne doit-on point taire la grace que Nostre-Seigneur fist à son peuple en celle journée, par les oroisons du peuple et du clergié; car l'air devint pur et net qui devant avoit esté si destrempé que de grant temps n'avoit cessé de plouvoir sur la terre.