Incidence.—En celle année fu l'air si esmeu de estourbeillons, de grelles et de tempestes que les blés et les vignes furent si destruis que merveilleusement fu l'année chière qui après vint.
Incidence.—En celle année avint que le roy des Moabiciens, qui estoit appelle Hermirmommelin, entra ès contrées des crestiens par devers le royaume d'Espaigne, à moult grant multitude sans nombre de gens de sa terre; tout le pays prist à gaster et à destruire. Quant Hildephons, le roy d'Espaigne, le sceut, il ala encontre luy à bataille à tant comme il put avoir d'effort; à luy se combati, mais, si comme Dieu le consenti, il fu desconfi et presque toute sa gent occise; à la fuite se mist à tout le remenant de ses hommes. Le nombre des crestiens qui en celle bataille chaïrent fu esmé[127] à cinquante mille. Ceste meschéance avint à la crestienté par la coulpe et par le mauvais sens Hildefons; car il grevoit et abaissoit ses chevaliers et ses haux hommes, les villains eslevoit et essauçoit. Et, pour ceste raison, les chevaliers et les gentils hommes ne porent avoir armeures né chevaux pour ce qu'il estoient povres. Et les villains que le roy ot essauciés qui point ne savoient l'us des armes né n'avoient hardement de combatre, tournèrent en fuye: leur ennemis qui les virent fouir prindrent cuer et les occistrent en fuiant.
Note 127: Esmé. Estimé.
XIII.
ANNEES 1195/1196.
Coment le roy chassa le roy Richart qui avait assis Arches. Et coment il vint à luy et luy fist feaulté et homage de la duchiée de Normandie.
En l'an de l'Incarnacion mil cent quatre-vingt et quinze, au mois de juillet rendi le roy Richart les trièves qu'il avoit au roy Phelippe, si fu lors la guerre recommenciée de nouvel. Adonc craventa le roy Phelippe le Val de Rueil qu'il tenoit, en quoy il avoit sa garnison. En pou de temps après maria sa sœur au conte de Pontieu que le roy Richart luy avoit renvoiée.
En ces entrefaites le roy Richart assembla son ost et son effort de toutes pars et assist le chastel d'Arques que le roy Phelippe tenoit. Mais quant il le sot il vint au secours au plus hastivement qu'il pot et eut en sa compaignie six cens de chevaliers esleus en prouesse et nés de France. Hardiement se férirent en l'ost et chacièrent le roy Richart et tous ses Anglois et tous ses Normans jusques à Dieppe. La ville destruirent et ardirent les nefs et emmenèrent les hommes.
En ce temps que le roy Phelippe retournoit luy et sa gent, il trespassoit de lès un bois que l'on appelle Forets[128]. Le roy Richart sailli soudainement de son embuschement, si se féri en la derrenière bataille le roy Phelippe et en occist aucuns.
Note 128: Forets. Rigord dit seulement: «Juxta nemora quæ vulgus forestas vocat, rex Angliæ ex improviso de forestis illis cum suis egressus, etc.» Ce n'est donc pas un nom propre, mais sans doute la forêt des Ventes.