Note 200: Romipedes. Pélerins de Rome.

Pour ceste chose se départirent de luy et de son hommage pluseurs princes et pluseurs prélas, comme le Lendegrave de Thuringe, le duc d'Osteriche, le roy de Boesme, l'archevesque de Trèves, l'évesque de Mayence, et maint autre prince séculier et maint autre prélat. Après ces choses, en l'an de l'Incarnacion mil deux cens et onze, les barons d'Alemaigne et de l'empire esleurent Federic l'enfant de Puille, fils l'empereur Henry, par le conseil le roy Phelippe. Après requistrent à l'apostole que il confermast leur élection; et jasoit ce qu'il fust lié de ceste chose, il couvroit son courage de aucunes simulacions. Car l'églyse de Rome a tousjours de coustume que elle fait ses actions meuréement né ne s'accorde point légièrement à nouvelletés sans grans pourpens et sans grans délibération; et meismement pour ce que elle n'aimoit point la lignié dont il estoit descendu. Quant les barons orent l'assent l'apostole, il mandèrent Federic, à Rome vint par navie; le pape et les Romains le receurent à grant honneur; et quant il eut fait le serement à l'églyse, si comme il dut, et il fu couronné, il vint à Genes sur mer; là fu receu à moult grant honneur.

Quant il se fu de Genes parti, il chevaucha parmi Lombardie par le conduit et par l'aide le marchis de Montferrant qui avoit nom Boniface et par l'aide de ceux de Cremonne et de Pavie, et presque de toutes les cités de Lombardie. En telle manière trespassa les mons, et entra en Allemaingne et vint en la cité de Constance. Et digne chose est de mémoire que ceux qui tendent à gréver saincte églyse sont en pou de heure dejectés et soubmis; car Othon devoit venir en celle cité à celle meisme journée que Federic y arriva, qui bien avoit avec luy soixante mille chevaliers; si[201] avoit envoié jà avant ses queux et une partie de sa gent; jà avoit apperceu l'advènement l'empereur Federic; et pour ce le suivoit à deux cens chevaliers: si estoit jà à six mille de la cité. A ce point que l'empereur fu dedens receus, les portes de la ville fermèrent et boutèrent arrière Othon et les siens villainement et honteusement: et sé l'empereur Federic eust plus demouré l'espace de trois heures, Othon luy eust si le passage estoupé que il n'eust eu povoir d'entrer en Alemaingne.

Note 201: Si avoit. Othon.

Othon qui ainsi se vist hors clos de la cité de Constance s'en retourna droit à la ville de Brisac; mais les citoyens le boutèrent hors villainement comme ceux de Constances avoient fait, pour les forces et les outrages que luy et ses Thiois leur avoient devant fais: car il prenoient à force leur femmes et leur filles. Mais l'empereur Federic fu receu à joie et à honneur d'eux et de tous ceux de l'empire.

III.

ANNEE 1211.

Coment Federic fu esleu. Coment Crestiens orent victoire en Espaigne contre les Sarrasins y et coment le conte Regnaut de Bouloingne fu meslé au roy.

En ce temps meisme fu pris un parlement de celluy empereur et du roy de France à Valcouleur qui siet en la marche du royaume et de l'empire. Là fu présent l'évesque de Mès; mais le roy Phelippe n'y fu point présent; mais eut en conseil qu'il y envoiast monseigneur Luys son fils et grant partie du barnage de France, pour renouveler les aliances selon la coustume des roys et des empereurs.

En celle année fist le roy Phelippe clore de murs la cité de Paris en la partie devers midi[202] jusques à l'eaue de Saine, si largement que il encenist, dedens la closture des murs, les champs et les vignes; puis commanda que on fist maisons et habitations partout[203] et que on les louast aux gens pour manoir, si que toute la cité semblast plaine jusques aux murs. Les autres cités et les autres chastiaux rufist-il aussi ceindre et renforcier de grans tours bien deffensables; et jasoit ce qu'il peust par droit faire tours, murs, et fossés en autrui tresfont[204] pour le commun proffit du royaume, il rendi et fist recompensacion loyal de son propre à tous ceux de qui il prenoit les tresfons et les terres, pour ses cités et pour ses chastiaux renforcier. Si eut plus chier à tenir droit et loyauté que aucuns us, selon droit, par quoy il peust autrui grever.