Note 263: Retourna. Arriva. «Adveniunt», dit Rigord. On a vu plus haut que le roi ne l'avoit pas attendu; il n'y avoit eu jusque-là, en tête de l'armée, que l'enseigne aux fleurs de lys d'or.

Note 264: Des hostieux. Au-delà du pont de Bouvines, et dans l'endroit où l'armée se proposoit de passer la nuit suivante, avant qu'elle ne fût informée de la poursuite de l'empereur.

Note 265: Especiaument. Cela se rapporte à ceux qui revenoient.

Note 266: Je ne doute pas que le dives de Guillaume le Breton et le riche homme de notre traducteur n'ait le sens du ricco hombre espagnol. Gale de Montegni n'étoit pas gentilhomme, voilà ce qu'il faut entendre ici; et l'on ne peut trop rappeler que dans le moyen-âge la noblesse donnoit fort peu de droits positifs à la chevalerie. Pour être armé chevalier, il falloit être riche, parce que les dépens étoient énormes, puis être endurci à la fatigue. On faisoit assez volontiers grace du reste, quoi qu'on en dise et qu'on ait dit.

Note 267: S'eschièle. De l'armée d'Othon.

Et quant Guillaume des Barres, Pierre Mauvoisin, Girart Latruie, Estienne de Longchamp, Guillaume de Gallande, Jehan de Roboroy, Henry le conte de Bar et les autres nobles combateurs qui en la bataille le roy orent esté mis espéciaulment pour son corps garder, virent que Othon et les Thiois de sa bataille tendoient à venir droit au roy, et que il ne queroient que sa personne tant seulement, il se mistrent avant pour rencontrer et refresnier leur forsenerie, et entrelaissièrent le roy de cui il se doubtoient derrière leur dos; et en dementres qu'il se combatoient à Othon et aux Alemans, leur gent à pié qui furent avant alés enceindrent le roy soubdainement, et le tresbuchièrent jus à terre de son cheval à lances et à cros de fer; et sé la souveraine vertu et les especiaux armeures dont son corps estoit garni ne l'eussent garenti, il le eussent illec occis. Mais un petit de chevaliers qui avec luy estoient demourés, et Gales de Montegny qui souvent tournoit l'enseigne pour appeller secours, et Pierre Tristan qui descendi de son destrier de son gré et se metoit au devant des cops pour le roy garantir, acraventèrent et occistrent tous ces sergens à pié, et le roy sailly sus et monta au destrier plus légèrement que nul ne cuidast.

XV.

ANNEE 1214.

Coment Othon s'en fui quant il ot esprouvé la vertu des chevaliers de France. Et coment Ferrant fu tenu et pris.

Quant le roy fu remonté et la pietaille[268] qui abatu l'eut fu toute destruite et la bataille le roy fu jointe à l'eschielle Othon, lors commença l'esteur merveilleux et l'occision et l'abatéis d'une part et d'autre d'hommes et de chevaux; car il se combatoient tuit par merveilleuse vertu. Là fu occis, très devant le roy, Estienne de Longchamp, chevalier preux et loyaux et de foy enterine; si fu féru d'un coustel jusques en la cervelle par l'ueillière du heaume. Et les ennemis le roy usèrent en celle bataille d'une manière d'armeures qui oncques mais n'avoit esté veue; car il avoient coustiaux lons et gresles à trois quarrés, trenchans de la pointe jusques au manche; et se combatoient de tels coustiaux pour glaives et pour espées[269]. Mais, la mercy Dieu! le glaive et les espées des François, et leur vertu qui oncques n'est lassée, surmonta la cruauté de leur ennemis et de leur nouvelles armeures: car il se combatirent si forment et si longuement, que il firent par force reuser et resortir toute la bataille Othon et vindrent jusques à luy, et si près, que Pierre Mauvoisin, qui plus estoit puissant en armes que sage de la sapience du monde, le prist parmi le frain et le cuida sachier hors de la presse. Mais quant il vit qu'il ne pourroit sa volenté faire né acomplir, pour la presse et pour la multitude de sa gent qui entour luy estoit joincte et serrée, Girart Latruie qui près fu luy donna d'un coutel parmi le pis; et quant il vit qu'il ne le pourroit trespercier pour les especiaux armeures dont il estoit armé, il amena le second coup pour recouvrer le deffaut du premier. En ce que il cuida Othon férir parmi le corps, il encontra la teste du cheval qui fu haut et levé, si l'assena droit en l'euil; et le coutel qui fu lancié par moult grant vertu luy coula jusques en la cervelle.