Note 287: Repegnoit. Donnoit des ruades. «Qui priùs impinguatus dilatatus recalcitravit, et calcaneum in dominum suum elevavit.»
XXI.
ANNEE 1214.
Coment le roy refusa l'aliance des Poitevins pour leur légièreté. Coment il donna trèves au roy d'Angleterre, et coment il pardonna tout son mautalent à aucuns des barons qui estoient souspeçonnés de traïson.
Pou passa de jours après que les Poitevins, qui repostement avoient faicte conspiracion contre le roy, furent merveilleusement espoentés de la renommée de si grant victoire; et traveilloient en toutes manières coment il peussent estre réconciliés au roy. Mais le roy qui par maintes fois avoit esprouvé leur tricherie et leur desloyauté, et bien savoit que leur amour et leur faveur estoit sans fruit et qu'elle est tousjours à grief et à dommage à leur seigneur, les refusa, né ne se voult à eux accorder; ains assembla ses osts et entra hastivement en Poitou où le roy Jehan estoit.
Quant les osts fu venus jusques à un chastel qui est nommé….[288], riche et fort et bien garni, le visconte de Thouars[289] qui estoit sage homme et puissant et le plus haut homme de toute Aquitaine envoya messages au roy, et luy supplièrent qu'il les voulsist recevoir en grace et en amour, ou que il leur donnast trièves. Et le roy qui, selon sa coustume, avoit adès plus cher à vaincre ses ennemis par paix que par bataille, reçut le visconte de Thouars en concorde par la prière le conte Pierre de Bretaigne, cousin le roy; si avoit la niepce le visconte espousée.
Note 288: Le mot est laissé en blanc dans les meilleurs manuscrits.
Les autres portent: Chinon ou Roches, et le latin: «Loudunum.»
Loudun, à cinq lieues de Thouars, vers le Saumurois.
Note 289: Aimery.
Le roy Jehan d'Angleterre, qui lors estoit au pays, à quinze mille[290] du chastel où le roy estoit, ne savoit qu'il peust faire né devenir; car il n'avoit lieu né retrait où il peust sauvement fouir, né il ne l'osoit attendre[291] né issir contre luy à bataille. A la parfin envoya-il ses messages au roy pour traictier d'aucune paix, ou toutesfois pour empetrer trièves, sé il peust, en aucune manière. Les messages que il luy envoya furent maistre Robert, légat de la cour de Rome, et le conte Renoufles de Lincestre et pluseurs autres haus hommes. Tant fist le légat et les autres messages que le roy par la débonnaireté de son cuer luy donna trièves qui durèrent cinq ans; jasoit ce que il eust bien en son ost trois mille chevaliers et plus, sans le grant nombre des autres sergens et gens à pié et à cheval, par quoy il peust légièrement et en brief temps prenre toute Acquitaine, le roy d'Angleterre et toute sa gent.
Note 290: Quinze mille. Latinè: Septemdecim.