Note 295: A compter de là, notre traducteur abandonne Guillaume le Breton: la fin du règne de Philippe-Auguste est seulement ébauchée, comme l'avoit été la fin du règne de Louis VII. L'interruption du texte traduit de Guillaume le Breton doit donner à penser ou que Guillaume acheva sa chronique long-temps après en avoir publié le commencement, ou bien qu'un autre s'est chargé de nous transmettre le récit des événemens, après la bataille de Bouvines. Dans tous les cas, notre traducteur n'a pas eu égard à cette continuation: l'histoire régulière de Philippe-Auguste, dans nos Chroniques, s'arrête à l'année 1215, et jusqu'au règne de Louis VIII et même de saint Louis, nous ne trouverons plus qu'un sommaire décoloré des événemens.

Note 296 Le latin dit seulement: Post hæc. Louis ne passa en
Angleterre qu'en 1216.

Note 297: Us. Usage. Suivant leur habitude. J'ai suivi le manuscrit n° 8299. Les autres portent hues, heus; ce qui ne signifie rien.

En ce temps, fu le conte Simon de Montfort conte Albigois, par la requeste pape Innocent et par l'assentement le roy Phelippe, pour absorber et estaindre l'érésie des Albigois et l'apostasie du conte Raymont de Thoulouse. Toute la terre luy fu rendue, et luy firent tous féauté et hommage. Mais cil de Thoulouse qui petit de force firent à brisier leur seremens, garnirent la cité et se rebellèrent contre luy. Le conte assist la ville et la fist merveilleusement assaillir; en cest assaut fu féru d'un pierre d'un mangonnel que ceux de dedens luy lancièrent. Ainsi fenit le preudomme sa vie comme martir au service Nostre-Seigneur, en deffendant la foy crestienne.

Incidence.—Au mois de mars qui après fu, avint généraux éclipse de lune en la quinziesme nuit du mois; si commença aux premiers cocs chantons, et dura jusques à l'endemain à soleil levant.

Incidence.—En pou de temps après, célébra le pape Innocent concile en la cité de Rome. Cil pape Innocent estoit homme de cler engin, de grant prouesce, et de moult grant sens; à luy ne fu nul secons en son temps, car il fist merveilles en sa vie: mors fu à Perose en cest an meisme que cil concile fu célébré.

XXIII.

ANNEE 1223.

De la mort le roy Phelippe et de ses vertus.

Incidence.—En ce temps que le mal de la mort prist le roy Phelippe, une horrible comète apparut en Occident à donner signe de la mort de si grant prince et du déchaiement du royaume de France. En l'an de l'Incarnacion mil deux cens vingt-trois mouru Phelippe le bon roy au chastel de Mantes; roy très sage, très noble en vertu, grant en fais, cler en renommée, glorieux en gouvernement, victorieux en bataille. Le royaume de France crut et mouteplia merveilleusement, et le droit et la noblesce de la couronne de France. Il vainqui et surmonta maint noble prince et puissant qui à luy et au royaume estoient contraires: tousjours fu escu à saincte églyse encontre toute adversité. Il garda et deffendi l'églyse de Saint-Denys en France sus toutes autres, comme sa propre chambre, par espécial privilège d'amour, et monstra maintes fois par euvres la très grant affection que il ot tousjours aux martirs et à leur églyse. Il fu jaloux et amoureux de la foy crestienne: dès les premiers jours de sa jounesce il prist le signe de celle saincte croix en quoy Nostre-Seigneur fu pendu, et le cousi à ses espaules pour délivrer le sépulcre, et pour souffrir paine et travail pour l'amour Nostre-Seigneur. Oultre mer ala à moult grant ost contre les anemis de la croix, et traveilla loyaulment et entièrement jusques atant que la cité d'Acre fust prinse. Et puis que il fu oncques débrisié et chéu en vieillesse, il n'espargna point à son propre fils; ainsois l'envoya par deux fois en Albigois, à moult grans osts, pour destruire la bougrerie de la gent du pays. Si donna en sa vie et à sa mort grant somme d'avoir pour soustenir la force des bons fils de saincte églyse contre les bougres d'Albigois: il fu large semeur d'aumosnes par divers lieux. Il gist en sépulture en l'églyse Saint-Denys en France (qui est sépulture des roys et couronne des empereurs) noblement et honnourablement, si comme il appartient à tel prince.