Item, le quatriesme jour d'aoust, il fu grant tempeste de tonnoire environ Paris et espécialement environ le bois de Vincennes, par telle manière que les tentes et les courtines, lesquelles avoient esté faites pour le regart de la royne de France, laquelle avoit eu fils c'est assavoir monseigneur Phelippe qui fu duc d'Orliens, furent à terre trébuchiées; les murs et les maisons chéoient; le pignon à la tente de la royne fu abattu; un gros arbre fu esrachié de terre, et si ot des gens mors, si comme l'en disoit. Et briefvement il n'y eut personne audit bois qui ne eust très grant paour au cuer.
Item, en ce temps, il sourdi une très grant dissencion entre le roy de France Phelippe et le roy d'Angleterre Edouart, pour la destruction du chastel de Xaintes en Poitou, laquelle avoit esté faite par messire Charles, conte d'Alençon, frère du roy, et par le conte de Gyen[446], et pour aucunes villes et forteresces; lequel messire Charles de Valois, père du roy Phelippe, avoit esté envoié en Gascoigne de par le roy Charles contre le roy d'Angleterre Edouart qui à présent règne, pour contumaces par luy faites; si avoit pris et destruit ledit chastel de Xaintes et autres villes et forteresces, par force d'armes; lesquelles choses Edouart, roy d'Angleterre, quéroit qu'elles lu y fussent restituées et rendues. Pour lesquelles demandes et responses pluseurs messages eussent esté envoiés en Angleterre et d'Angleterre en France; mais nul accort n'y pot estre mis, car messire Robert d'Artois empeschoit moult la chose, si comme l'en disoit communéement.
Item, en ce meisme an, vint une très grant guerre entre le roy d'Espaigne et le roy de Navarre, pour la garde d'une abbaye assise entre les deux royaumes; mais à la parfin, à la requeste du pape et du roy de France, messire Jehan de Vienne, archevèsque de Rains,[447] procureur d'une partie et d'autre c'est assavoir du pape et du roy, il furent mis à bon acort.
Item, en ce meisme an, très grant et sollemnelles alliances furent confermées entre le roy de France et le roy d'Espaigne.
Item, en ce temps, quant Edouart vit que le roy de France Phelippe vouloit soustenir la partie des Escos pour les alliances que Phelippe-le-Bel, son oncle, avoit faites avec lesdits Escos, il fist un grant appareil de nefs en la mer, et puis fist unes grans alliances à Loys de Bavière qui estoit escommenié et de l'empire privé, lequel luy promist aide. Adonques furent très grans commocions de bataille entre les deux roys. Si furent fais et ordenés amiraux tant en terre comme en mer[448].
XVI.
Coment les Flamens se tournèrent de la partie au roy d'Angleterre par Jaques d'Arthevelt, et de pluseurs incidences.
ANNÉE 1337 L'an mil trois cent trente-sept, la guerre qui estoit entre messire Jehan de Chalons et le duc et conte de Bourgoigne, comme devant est dit, fu par le roy de France pacifiée et mise en bonne pais. Item, environ la feste de monseigneur saint Jehan-Baptiste, il apparu une comète laquelle fu née au signe, de Gémeaux, par la raison de l'esclipse de l'an précédent qui avoit esté le troisiesme jour de mars, par Mars et par Saturne, si comme les astronomiens[449] disoient. Et encore disoient que, pour la cause du signe auquel elle avoit esté engendrée, que elle signefioit habondance de sanc corrompu, dont il se devoit ensuivre maladies. Et pour la raison de Mars qui estoit au signe de scorpion, il signefioit fausseté, fraudes, mensonges, larcins, guerres. Et pour la raison de Saturne, convoitises, extorcions, rancunes, haines, machinacions, inobédiences, misères de cuer, mort, rumeurs espoentables et paour et pluseurs autres choses tant en princes, en barons, en gens d'églyse, comme en autres choses de terre; c'est assavoir, en bestes à quatre piés, en poissons et ès yaux doivent estre moult d'inconvéniens.
Item, environ la feste de Toussains, les gens au roy d'Angleterre pristrent un chastel au roy de France que on appelle Paracol[450], en Xantonnois, et ardirent les villes qui estoient prochaines audit chastel, et si tuèrent pluseurs personnes au pays.
Item, en ce temps, l'en disoit communément que le roy d'Angleterre ne vouloit pas seulement envaïr le royaume de France, mais il y vouloit entrer; si ne savoit le roy de France par quelle part il y vouloit entrer. Adonc luy convint faire garder toutes les contrées de son royaume, et les faire garder viguereusement et deffendre. Toutes lesquelles choses estoient conseilliées et ordenées par le conseil de messire Robert d'Artois, si comme l'en disoit communément.