Et en ce temps, le seigneur de Harecourt, lequiel piéça avoit esté non mie conte de l'autorité royal, fu par titre d'ores en avant, appellé conte de Harecourt.
(Item, en ce meisme an, Pierre Rogier, archevesque de Rouen, fu fait cardinal.)
XVIII.
Coment le roy de France Phelippe fu desfraudé par mauvais conseil. Coment il attendit jusques à l'endemain pour combattre au roy d'Angleterre, et coment en ceste meisme nuit ledit roy d'Angleterre s'en fui.
ANNÉE 1339 L'an de grace mil trois cens trente-neuf, deux chastiaux très fors furent pris en Gascoigne par les gens du roy de France, c'est assavoir, le Bourc et Blaive. Et audit chastel de Blaive furent pris le sire de Caumont et le frère au sire de Lebret[463] et aucuns autres nobles.
Item, en ce meisme an, une ville qui est en la conté d'Eu, laquielle est appellée Treport, fu arse avec une abbaïe qui estoit en ladite ville, par les gens au roy d'Angleterre.
En ce meisme an, les soudoiers de Gennes qui avoient gardé en la mer tout l'esté, avec les Normans, les Picars et les Bretons mariniers, lesquiels avoient moult domaigié le royaume d'Angleterre, environ la saint Michiel s'en retournèrent en leur pays.
Item, environ ladite feste de saint Michiel, le roy d'Angleterre Edouart assembla un grant ost d'Anglois, de Brebançons, d'Alemans soudoiés et d'aucuns pilliars, pour le royaume de France envahir. Auquiel roy d'Angleterre le roy de France désirant moult obvier, assembla un très grant ost fort et hardi à Saint-Quentin, en Vermandois, et comme il ne voulsist pas entrer es termes de l'empire, mais dissimulast la bataille par un pou de temps en atendant son ost, le roy d'Angleterre endementiers entra au royaume de France très cruellement et ardi une partie de Teriasche, pilla et gasta le pays. Et comme le roy de France par delà estoit pour luy obvier et de ce il n'en fist semblant, l'en ne savoit par quel conseil; adoncques commença un grant esclandre, non pas seulement en l'ost mais par tout le royaume, contre le roy. Quant le roy ot oï ces nouvelles, il se parti pour aler à l'encontre de luy, et s'en ala à une ville qui est appellée Buirenfosse[464], à un jour de vendredi. Lors le roy, qui plus ne voult la guerre dissimuler, si s'arma et commença à amonester les autres à eux combatre vertueusement et hardiement. Adoncques vindrent aucuns grans seigneurs qui estoient dans l'ost et distrent au roy que ce n'estoit pas chose convenable de soy combattre, pour quatre choses: la première si estoit car il estoit vendredi; la seconde cause quant luy né ses chevaux n'avoient beu né mangié; la tierce cause car luy et son ost avoient chevauchié cinq lieues grans sans boire et sans mengier; la quatriesme cause, pour la grant difficulté d'un pas qui estoit entre luy et ses anemis. Ces choses dites, il conseilloient au roy que il atendist jusques à l'endemain pour soy combattre; et jasoit ce que le roy ne s'y voulsist acorder, toutes voies fu-il tant mené qu'il s'i acorda ainsi comme maugré luy; et lors commanda à tous que l'endemain chascun s'appareillast à la bataille; laquielle dilacion et lequiel conseil tourna à très grant dommaige au roy et à tout le royaume[465]. Car quant le roy d'Angleterre sceut la puissance du roy de France, il se départit de environ mienuit et se retrait en l'empire. Et ainsi fu le roy de France Phelippe défraudé dont il fu moult courroucié, et s'en retourna en France sans riens faire. Et assez tost après se commencièrent les Flamens à rebeller et par espécial ceux de Gant; et à l'énortement de Jacques d'Arthevelt, il firent hommage au roy d'Angleterre comme roy de France, et laissièrent leur droit seigneur, comme faux et traistres qu'il estoient. Quant le roy d'Angleterre qui n'avoit guères estoit venu à l'Escluse en Flandres, sceut l'entencion et la volenté que les Flamens avoient à luy, si s'ordena de passer en Angleterre pour avoir or et argent de ses sougiés, afin qu'il peust assembler un grant ost pour estre en l'aide des Flamens contre le roy de France.
Item, ce meisme an, pluseurs de l'éveschié de Cambray et de Teriasche ardirent pluseurs villes en la terre monseigneur Jehan de Hainaut. Lors manda ledit monseigneur Jehan de Hainaut à monseigneur Jehan de Vervins[466] qui là estoit capitaine de par le roy de France, qu'il se voulsist combattre à luy; si le receut ledit monseigneur Jehan de Vervins très volentiers et fu certaine journée assignée pour eux combattre, c'est assavoir le jour du juedi absolu, en l'an dessus dit: à laquielle journée ledit messire Jehan de Hainaut ne manda né contremanda, mais malicieusement d'autre partie se tourna, et s'en ala vers une ville que on appelle Aubenton, de laquielle ville les gens pour partie s'en estoient alés avecques monseigneur Jehan de Vervins à ladite journée, pour eux combatre contre ledit messire Jehan de Hainaut; et icelle ville il pilla et ardi.
En ce meisme an, les fourbourgs de Bouloigne-sus-la-Mer, avecques aucuns vaissiaux qui estoient au rivage de la mer, furent ars par les Anglois.