Et en ce meisme moys de septembre, vint le roy d'Angleterre en Bretaigne; et disoit que ce n'estoit pas pour guerroier qu'il estoit venu, mais pour garder, deffendre et aidier Jehan, fils du conte de Montfort, lequel il appelloit son fils, pour la cause qu'il avoit fiancé sa fille. Si avint et apparut assez tost après le contraire du fait; car il amena avecques soy une partie de son ost, et ala tenir siège devant la cité de Vannes; et l'autre partie des Anglois ala devant Nantes et ilec firent siège et destruirent et ardirent les fourbours et démoulèrent là jusques à tant que le roy de France y fu. Et après, quant il vint à la cognoissance du roy de France que le roy d'Angleterre entendoit au siège de Vannes, il se parti de la cité de Tours et assembla son ost et s'en ala à Rezons[517], et laissa la roy ne qui estoit avecques luy en l'abbaye de Noiremoustier. Et endementres que le roy ala à Rezons, il ot les cardinaus à rencontre de luy, lesquels, selon le commandement du pape, traittièrent avecques luy de la pais. Quant les Anglois qui tenoient siège devant Nantes sceurent la venue du roy, il levèrent le siège et s'en départirent. Si avint après que les deux roys approchièrent l'un de l'autre qu'il n'avoit de l'un à l'autre que six lieues. Adoncques commencièrent les cardinaus à chevauchier de l'un roy à l'autre, et autres preudeshommes messagers. A la fin, les deux roys furent d'une volenté à acort, à ceste fin et conclusion que d'iceluy jour qu'il commencièrent à traittier jusques à la feste de saint Michiel ensuivant, sé il povoient concorder, trieves et induces seront données entre eux; et s'il ne povoient concorder dedens ledit terme, les trieves seront aloignées jusques à trois ans, à commencier à la feste saint Michiel prochaine avenant. Et encore est acordé que, à la feste de la Nativité Nostre-Dame de Tannée ensuivant, chascun des roys envoiera à Avignon, pour soy, certains messages devant le pape pour traittier de la pais. Et ainsi les cardinaus s'en retournèrent à Avignon et le roy d'Angleterre se parti de Bretaigne premièrement et s'en ala en Angleterre. Et le roy de France demoura une pièce en Bretaigne jusques environ le commencement du moys de janvier; et lors s'en retourna en la terre de France. Toutes voies, ceux qui estoient de la partie Charles de Bloys menoient tousjours guerre en Bretaigne contre l'autre partie qui estoit pour le conté de Montfort.

XXXI.

De la forme des trieves, et du traitié fait entre le roy de France et le roy d'Angleterre par les cardinaus.

La forme des trieves est telle: «Vez-ci les choses acordées et jurées entre le roy de France et le roy d'Angleterre, c'est assavoir, par monseigneur le duc de Bourbon et le duc de Bourgoigne pour le roy de France, et par le conte de Derby, le conte de Noyrentonne et par autres nobles pour le roy d'Angleterre; en la présence des cardinaus Penestre et Tusculain, traitteurs de la paix, en la ville de Malestroit.

«Premièrement est acordé, pour la révérence de l'églyse et à secourre au mauvais estat de crestienneté et à espargnier aux dommages des sougiés des deux roys, et pour l'honneur des cardinaus traiteurs de la pais des deux roys, que sur toutes discordes et dissentions meues entre les deux roys, soient envoiées à court de Rome aucuns du sanc des deux roys avec aucuns autres qui aient puissance de concorder, de ottroier et de afermer sur toutes lesdites discordes, selon le traittié de nostre saint père le pape et des devant dis traitteurs; et pourront proposer leur raisons devant le pape, non à décision de cause né pour donner sentence définitive, mais afin de meilleur traitié et de faire pais. Et si est ordené que ceux qui seront envoiés à la court oïs seront dedens la feste de monseigneur saint Jehan-Baptiste prochainement venant, afin que dedens la nativité de Nostre-Seigneur les choses dessus dites soient, par nostre sire le pape à l'aide de Dieu, expédiées et délivrées j et s'il avenoit que du consentement desdis nobles le temps fust esloigné, et aussi que le pape fust empeschié ou qu'il ne peust concorder les deux roys, toutes voies les trieves durront et seront gardées jusques au temps déterminé. Et afin que les choses dessus dites puissent avoir meilleur effect, sont trieves ottroiées jusques à la feste saint Michiel du moys de septembre prochain venant, et de ladite feste jusques à trois ans continuement ensuivant, entre les roys de France, d'Angleterre et d'Escoce, et le conte de Haynau, et les Flamens et les aliés devant nommés des roys en toutes les terres de eux et de leur aliés; pour lesdites trieves tenir pour le temps dessus dit de la date de ces lettres présentes. Et si est ordené que le roy d'Escoce et le conte de Haynau et lesdis aliés envoieront leur messages en la court de Rome dedens la feste saint Jehan dessus dite, lesquels aient puissance de consentir et de avoir estable tout quanques il leur pourra touchier, selon le traitié du saint père le pape. Et sé aucuns de eux sont négligens ou qu'il ne leur chaille de envoier leur messages comme dit est, pour ce ne sera point retardé né empeschié la négoce devant dit. Et que les ordenances faites devant Tonrnay, des trieves, seront exprimées dedens et des deux roys confermées, excepté des emprisonnés. Et que lesdites trieves seront des deux roys en Bretaigne gardées, et de leur adhérens, jasoit ce qu'il se dient avoir droit au duchié. Et que la cité de Vannes, en la main des cardinaus sera receue et teneue en la main du pape par l'un des cardinaus, sé l'autre se départoit ou sé il ne la vouloit recevoir par tout le temps des dites trieves.

«Et en la fin des trieves fassent les cardinaus leur volenté de la cité de Vannes. Et que les cardinaus labourront curieusement, afin que la voie plus convenable puisse estre trouvée par laquelle l'en procède à l'absolucion des Flamens, et les sentences èsquielles il sont encourus oster. Et que le conte de Flandres, tant comme seigneur sans moien[518] et non pas tant comme souverain, demourra en Flandres durant lesdites trieves; mais qu'il plaise au peuple dudit pays. Et que ce qui fu ottroié ou acordé en la cité de Nantes au conte de Montfort, de quoy il apparu, sera loyaument envers ledit conte gardé. Et sé aucuns, en Gascoigne ou en autre lieu, meuvent guerre l'un contre l'autre, voisin contre voisin, anemis contre anemis, lesdis roys ne s'entremettront point de leur partie, né pour autres envoiés né autrement par quelque manière; et pour ce les trieves ne seront point enfreintes. Et encore est acordé que les deux roys labourront bien et diligeamment et sans fraude, que les sougiés d'une partie ne fassent guerre aux sougiés de l'autre partie en Gascoigne et en Bretaigne durant lesdites trieves. Et que nul qui maintenant soit en obédience d'une partie puisse venir, les trieves pendans, en l'obédience de l'autre partie à laquelle il ne fu pas au temps que lesdites trieves furent données. Et que durant lesdites trieves à aucuns ne soit donné ou souffert à donner aucune chose en la guerre menée. Et que lesdites trieves soient gardées en mer et en terre. Et qu'elles soient acordées et concordées par le serement de l'une partie et de l'autre. Et que lesdites trieves seront publiées en l'ost de l'une partie et de l'autre, c'est assavoir, en Bretaigne et en Gascoigne dedens quinze jours; en Flandres, en Angleterre et en Escosse, dedens quarante jours. Et encore est acordé que tous les prisonniers d'une partie et d'autre, et tous biens pris durant la souffrance par les devant dis cardinaus nouvellement faite, c'est assavoir du dimenche devant la feste saint Vincent prochaine venant jusques à ce présent jour, seront mis hors de prison et seront franchement laissié aler, rachetés ou rançonnés en tant que Tordre de droit donra.»

En ce meisme an, par tout l'yver, furent les messages du roy de France à la court, à procurer l'absolucion Loys, duc de Bavière; car le roy luy avoit promis, à la fin que ledit Loys fust alié avecques ledit roy de France, et que l'aliance que ledit duc avoit au roy d'Angleterre fust anichilée; mais les devant dis messages ne firent riens à la court, pour cause que ledit duc ne demandoit pas sa réconciliation vers l'églyse, par manière deue, si comme il devoit. Toutes voies, les messagiers du roy, tant comme il estoient à la court du pape, firent convencions et traittiés devant le pape, avec messire Ymbert, dauphin de Vienne, lequel n'ayoit nul hoir né il n'estoit pas en espérance qu'il en deust nuls avoir de quelque femme que ce fust, coment messire Phelippe, fils du roy de France, succéderoit au Dauphiné.

En ce meisme an, mist le roy une exaction au sel, laquielle est appellée gabelle; c'est-à-dire que nul ne povoit vendre sel en tout le royaume s'il ne l'achetoit du roy. Et qu'il fust pris es greniers du roy. Dont le roy acquist l'indignacion et la male grâce tant des grans que des petis et de tout le peuple. Et si fist par telle manière sa monnoie empirier et de jour en jour amoindrir que devant la feste de la nativité Nostre-Dame, l'an ensuivant, un denier valoit cinq deniers parisis, et le flourin de Florence valoit quarante sous parisis. Et pour ceste cause il fu grant chierté de toutes choses par tout le royaume de France, et valoit le sextier de blé soixante-seize sous parisis et avoine quarante sous parisis.

XXXII.

Coment mut dissencion entre les barons de Normendie; et coment ceux d'Orliens pristrent blés qui estoient sur la rivière de Loire et les mistrent en vente.