Et en ce meisme an, puis que Jehanne, contesse de Blois et d'Alençon fust morte, ses cousins, c'est à savoir Hue de Saint-Pol et ses frères et messire Gauthier de Chastillon, partirent ensemble l'héritage de la dite dame; et depuis, le dit Hue conte de Saint-Pol laissa à Guy son frère la dite conté de Saint-Pol, et fu fait le dit messire Hue conte de Blois.

En ce meisme tems le pape Nicolas mouru, et fu l'églyse de Rome vacant par deux ans et plus de pasteur.

Et en cest an meisme Raoul de Sacony[123], roy d'Alemaigue, moru, et fu après luy roy d'Alemaigue Adolphe[124].

VIII.

Coment la gent au roy d'Angleterre entrèrent soudainement au païs de Normendie et ailleurs.

ANNÉE 1292 Après, en l'an de grace ensuivant mil deux cent quatre vingt et douze, Edouart, le roy d'Angleterre, de malice et de fraude que il avant et de grant pièce avoit conceu, si comme aucuns disoient, fist un grant appareil, en feignant que il vouloit aler hastivement en la Terre saincte, et là endroit profiter[125]; et par ses hommes de Baionne, une cité de Gascoigne, et autres pluseurs de son royaume, à nefs et à galies, à appareil batailleur en grant multitude, fist les subgiés du roy Phelippe de France de la terre de Normendie et des autres lieux, par mer et par terre félonneusement assaillir et traitreusement envaïr, en occiant moult de eux, et en prenant moult grant foison et detenant pluseurs de leur nefs et fraignant et despeçant, et les maistres des galies, avecques leur biens et leur merceries, en Angleterre menèrent et transportèrent. Et ensement les devant dis hommes du roy d'Angleterre envaïrent traitreusement et faussement une ville du royaume de France que on appelle la Rochelle, et y firent pluseurs assaus, en occiant aucuns de la ville: et en icelle ville firent pluseurs dommages. Laquelle chose comme elle venist en la connoissance au roy de France, si manda au roy d'Angleterre et aux tenans son lieu en Gascoigne, que certain nombre des devant dis maufaiteurs hommes qui ainsi avoient sa gent occis et mehaigniés, envoiast à Pierregort[126] en sa prison, pour faire de eux ce que raison diroit et justice requeroit. Auquel mandement le roy d'Angleterre et sa gent furent négligens d'obéir, et par contumace et en despit le refusèrent; pour laquelle chose le roy de France fist par son connestable Raoul, seigneur de Neele, en sa main toute Gascoigne saisir, ainsi comme appartenant au fié de son royaume; et fist semondre Edouart le roy d'Angleterre à venir en son parlement. Et en icest an ensement, comme Jehan le conte de Hainaut delez la confinité de sa terre, les gens et les sougiés du roy de France et les églyses en sa garde establies molestast et grevast, né ne les voulsist aux prières né au commendement du roy amender, Charles de Valois, frère au roy Phelippe de France, assembla à Saint-Quentin, un chastel de Vermandois, grant ost contre le conte, par le commendement du roy Phelippe: lequel Charles, comme il déust de bataille assaillir, Jehan le conte de Hainaut la puissance du roy de France doubtant, vint sans armes dévotement à Charles; et s'en vint à Paris avec luy au roy, et tout ce qu'il avoit meffait envers luy et envers ses soujets, à tout son bon plaisir luy amenda et à sa plaine volenté.

Et en ce meisme an, en la cité de Roen en Normendie, pour les exactions que on appelle male toulte desquelles le peuple estoit moult[127] durement grevé, contre les maistres de l'eschiquier ministres le roy de France le menu peuple s'esmut et s'esleva; et dès maintenant les cueilleurs de celle pécune batirent et les deniers par places espandirent, et au chastel de la cité les menistres et les maistres assistrent. Mais après ce, par le maire (ou baillif), et les plus riches hommes de la ville, furent apaisiés et se retraistrent; et lors en y ot pluseurs de pendus et moult par diverses prisons du royaume de France furent emprisonnés.

IX.

De la bataille du conte d'Armignac et du conte de Fois.

ANNÉE 1293 En l'an de grace mil deux cens et quatre vingt et treize, le conte d'Armignac contre le conte Raymont Bernart de Fois, lequel il avoit appellé de traïson à Gisors, environ la Penthecoste, devant Phelippe le roy de France et les barons, fu contraint à combattre encontre le dit conte de Fois en champ, seul à seul. Mais aux prières du conte Robert d'Artois, la besoigne et le descort d'iceux le roy de France prist sur luy, et de la bataille qu'il avoient jà commenciée les fist retraire.