Adonc le roy ainsi noblement soy contenant, François ce aprenans qui jà ainsi comme d'une paour se vouloient dessambler et départir, pour le roy secourre isnelement se hastèrent, et du tout en tout à la bataille s'abandonnèrent, et crièrent ensamble: Le roy se combat! le roy se combat! et ainsi la bataille constraingnant et de toutes pars croissant, Charles conte de Valois, Loys conte d'Evreux frères Phelippe le roy de France, Gui conte de Sainct-Pol, Jehan conte de Dammartin, nobles chevaliers et autres grans maistres, pluseurs contes, ducs et barons et chevaliers, avec les autres nobles compaignies à pié et à cheval, ès Flamens lors isnelement se plungièrent et embatirent, et vers le roy se traistrent. Lors adonc iceux nobles, estant avec leur noble et forte compaignie à pié et à cheval, la bataille entre eux merveilleuse, forte et aspre fu faicte; mais les Flamens du tout en tout furent rués jus et acraventés, et de eux fu faicte grant occision et mortalité, et si grant abatéis qu'il ne porent plus arrester. Mais la fuite commencièrent très laide et très honteuse, délaissans charrètes et charios et tout leur appareil bataillereux. Et adecertes, pour voir, sé la nuit oscure venant n'eust la bataille empeschiée, pou de si grant nombre de Flamens en fust eschapé que mors du tout en tout ne fussent. Et ainsi, la bataille parfaicte et fenie, nostre roy Phelippe, noble batailleur, à torches de cire alumées, de la bataille s'en revint aux tentes avec sa noble chevalerie. Et ainsi comme il fu dit pour voir, sé cil roy de France Phelippe-le-Biau ne se fust contenu si noblement ou si vertueusement, ou sé en aucune manière il eust montré la queue de son cheval aux Flamens pour soy en retourner, tout l'ost des François eust ramené ainsi comme à néant, ou, par aventure, desconfit. Adecertes en celle bataille des Flamens fu occis un noble chevalier et le chief ot copé Guillaume de Juilliers[215], noble chevalier, et luy copa Jehan de Dammartin, et pluseurs autres grans Flamens, et de menu peuple grant multitude y furent occis, à par un pou jusques à trente six mille[216]. Et aussi en celle bataille, le conte d'Aucuerre, noble chevalier françois, par la très grant chaleur qui ilec estoit, fu estaint de soif[217]. Et ainsi Phelippe-le-Biau roy de France en l'an de son règne dix-huit, à Mons en Peure en Flandres, usant de l'aide de Dieu, de ces Flamens, sans grant péril de luy meisme, loable victoire en rapporta; et à Paris environ la Sainct-Denis, à grant joie et inestimable revint.
Et en cest an, au moys de décembre, les os de Robert, jadis conte d'Artois, lequel avoit esté tué en Flandres, furent aportés à Pontoise, et en l'églyse de Maubuisson près Pontoise furent enterrés.
Et en ce meisme an, après Noel, l'en commença à traictier en parlement à Paris de la paix des Flamens, mais il n'i ot rien consommé né parfait.
LVIII.
De la mort la royne Jehanne, femme Phelippe le roy de France.
En cest an ensement, au moys de février, le conte Gui de Flandres, en la prison le roy de France détenu, moru à Compiègne, et par le congié du roy fu son corps porté en Flandres, et en Marquete[218] avec ses ancesseurs fu enterré. Et en ce meisme an, Blanche, duchesse d'Austrie, seur du roy de par son père, laquelle avoit un fils du duc, fu empoisonnée par le dit duc, si comme l'en disoit, et moru au moys de mars. Et en cest an ensement, moru Jehanne royne de France et de Navarre, femme de Phelippe-le-Biau, et en l'églyse des frères Meneurs fu honnorablement enterrée. Et fu vraiement si chière année et si chier marchié de blé que le sextier de froment valoit cent sols parisis, de la foible monnoie decourrant lors à Paris et ailleurs; et dura la chierté près d'un an. Et en cest an ensement, Edouart le viel roy d'Angleterre moru, après lequel fu couronné en roy Edouart son fils le jeune, lequel, après un pou de tems passé, prist à femme Isabel la fille le roy Phelippe de France.
LIX.
Du couronnement le pape Climent.
ANNÉE 1305 L'an de grace après ensuivant mil trois cens et cinq, entre le roy de France et les Flamens fu faicte une composicion de paix, laquelle toutes fois dura petit: et lors Robert de Béthune et Guillaume son frère, fils le conte de Flandres en l'an précédent trespassé, de la prison le roy furent délivrés. Et après pape Bénédic, le cent quatre vingt et dix-neuviesme pape Climent le Quint, présent le roy de France Phelippe-le-Biau et ses deux frères Charles conte de Valois et Loys conte d'Evreux et moult d'autres contes, princes, dux et barons, chevaliers, abbés, évesques, arcevesques et cardinals, à la cité de Lyon sur le Rosne fu sacré et couronné de dyadème papal. Et lors pour la très grant multitude de gent qui sus un viex mur estoient assemblés pour le dit pape véoir chevauchier par la cité, le viel mur chéi, dont le bon duc de Bretaigne la mort l'acraventa, dont ce fu pitié, doleur et dommage. Et en cest an ensement, Loys, l'aisné fils le roy Phelippe-le-Biau, espousa Marguerite l'aisnée fille au duc de Bourgoigne. Et eu cest meisme an, le roy si fist cesser et apaisier une très grant dissencion qui estoit menée entre le duc de Brebant et le conte de Lucembourc, pour cause de la terre de Louvain. Et en cest an ensement, mut une très grant dissencion à Biauvais entre l'évesque Symon et le peuple de la cité, en telle manière que le dit évesque n'osoit seurement entrer en la cité. Pour laquelle cause le dit évesque fist aliances à nobles hommes, car il estoit noble homme, contre ceux de la cité, et fist tant qu'il prist aucuns bourgois par aguet. Quant le roy sot ce, si manda l'une partie et l'autre, et leur fist commandement qu'il se cessassent, et les fist le roy punir, car il avoient moult excédé l'une partie contre l'autre. En ce meisme an fu très grant sécheresce en France.
En ce meisme an, avant que le roy se partist de la court pape Clément, le dit pape luy ottroia le chief de monseigneur sainct Loys son aïeul, pour mettre en sa chapelle, et une de ses costes pour mettre en la principale églyse de Paris: et avec ce, le pape luy ottroia que Jaques et Pierre de la Colompne frères et jadis cardinals, les quiex le pape Boniface avoit dégradés de leur cardinalité, fussent en leur premiers estas restitués; et encore luy ottroia-il, en récompensacion des despens qu'il avoit fait en la guerre de Flandres, le disiesme des églyses et les annuels jusques à trois ans. Et encore ottroia le dit pape au roy et à ses frères que des bénéfices premiers vacans au royaume de France, il en péussent pourveoir leur chapelains et leur clers. Et le roy promist que la monnoie qui estoit foible, il la metroit en bon estat et convenable au miex que bonnement le pourroit faire. Et en cest an, le pape Climent fist dix cardinals nouviaux, outre le nombre qui par avant estoit; des quiex il en envoia les deux à Rome de par luy, pour garder la dignité sénatoire. Il déposa l'évesque d'Arras, et si déposa l'évesque de Poitiers, et si donna à l'évesque d'Imelin la patriarché de Jérusalem: et si fist plaine grace aux povres clers, et les pourvoia de bénéfices, selon ce que le mérite de la personne le requéroit. Et le roy de France s'en retourna de Lyon, après Noel, en France. Et cest an meisme le pape se parti de Lyon, environ la purification Nostre-Dame, et s'en ala vers Bourdiaux; et là furent faictes moult de maux et de roberies aux églyses tant layes comme de religion, par luy et par ses menistres; dont il avint, si comme l'en disoit, que frère Gile l'Augustin arcevesque de Bourges, fu mis à si grant povreté que il par nécessité fu contraint à prendre les distribuions cotidiennes si comme un des simples chanoines, et hantoit les heures de l'églyse. Et en ce meisme an, Robert duc de Bourgoigne moru à Vernon au moys de mars, duquel le corps fu porté en Bourgoigne, si comme il l'a voit ordenné en son vivant, et fu enterré à Cistiaux.