Le septième est tel: Que, si comme l'en dit, il congnurent le péchié de hérésie; et, par leur ipocrisie, habitoient l'un à l'autre charnellement; pour quoy c'estoit merveilles que Dieu souffroit tels crimes et félonnies détestables estre fais! mais Dieu, par sa pitié, souffre moult de félonnies estre faites!
Le huitième est tel: Sé nul Templier, en leur ydolatrie bien affermé, mouroit en son malice, aucune fois il le faisoient ardoir, et de la poudre de luy en donnoient à mengier aux nouviaux Templiers; et ainsi plus fermement leur créance et leur ydolatrie tenoient: et du tout en tout despisoient le vray corps Nostre-Seigneur Jhésucrist.
Le neuviesme est tel: Sé nul Templier eust entour luy çainte ou liée une corroie, laquelle estoit en leur mahommerie, après ce jamais leur loy par luy pour morir ne fust recognue; tant avoit ilec sa foy affermée et affichiée.
Le disiesme est tel: Car encore faisoient-il pis, car un enfant nouvel engendré d'un Templier en une pucelle, estoit cuit et rosti au feu, et toute la gresse ostée; et de celle estoit sacrée et ointe leur ydole.
Le onziesme est tel: Que leur ordre ne doit aucun enfant baptisier né lever des saincts-fons, tant comme il s'en puisse abstenir; né sur femme gisant d'enfant[250] seurvenir ne doivent, sé du tout en tout ne se veullent issir à reculons, laquelle chose est détestable à raconter. Et ainsi pour iceux forfais, crimes et félonnies détestables furent du souverain évesque pape Climent et de pluseurs évesques, et arcevesques et cardinaux condampnés.
LXVI.
Coment le roy de France envoia contre l'arcevesque de Lyon.
[251]En cest an ensement, Phelippe-le-Biau, roy de France, contre l'arcevesque de Lyon sur le Rosne, qui de luy paroles contumélieuses avoit semées, et injures aucunes dites à sa gent, Loys son ainsné fils, roy de Navarre, à Lyon à grant ost envoia. Lequel Loys, roy de Navarre, comme ilec avec son noble ost parvenist, tantost avec ses François assist la cité. Mais comme ilec par huit jours ou environ avec sa noble compaiguie fust ainsi pour la cité isnelment assaillir, et en brief l'eust détruite sé il peust, lors l'arcevesque de Lyon, son fol orgueil appercevant et la force du roy doubtant, souple et bien veullant au roy Loys se transporta. Lequel Loys icelui arcevesque à son père le roy de France à Paris amena. Lequel arcevesque, après ce, fu détenu en garde jusques au tems après ce convenable auquel par le conseil de ses barons de la besoigne pourtraiteroit. Lequel arcevesque, non petit de tems après ce passé, l'amende de ses forfais par son bon plaisir envers le roy pourtraitiée et faite, à son propre lieu s'en revint. En cest an, Loys, fils du conte de Clermont Robert, prist à femme la seur du conte de Hainaut; et Jehan son frère prist à femme la contesse de Soissons.
Et en ce meisme an, un juif qui, n'avoit gaires de tems, s'estoit converti à la foy, un pou de tems après renia la foy, et fu pire qu'il n'avoit esté devant. Car en despit de Nostre-Dame, il crachoit sus ses ymages, partout où il les trouvoit; lequel fu jugié à estre ars: et fu ars le jour que Marguerite la Porète devant dite fu arse. Et en ce meisme an, ceux de Lyon se rebellèrent contre le roy de France, et s'en alèrent à un chastel qui est appelle Sainct-Just, et le destruirent. Quant le roy le sot il y envoia son fils Loys Hutin et ses deux frères avec luy, et moult grant ost, et fu environ la feste monseigneur sainct Jehan-Baptiste. Quant il vindrent la où les anemis estoient, si commencièrent à grever le plus qu'il porent. Et là se porta le dit fils du roy premier né, Loys Hutin, moult noblement, et par telle manière qu'il estoit amé de tous ceux de l'ost. Quant les anemis virent que les nos se portoient si noblement et si hardiement, si se rendirent et la cité à la seigneurie du roy de France: adonc fu pris l'arcevesque de la cité lequel estoit leur principal capitaine qui avoit à non Pierre de Savoie, et fu près du conte de Savoie lequel l'amena au roy de France; mais à la requeste de pluseurs il ot en la fin sa paix et retourna en son arceveschié.
Et en ce tems les os d'un Templier qui ja pieça estoit mort, lequel avoit non Jehan de Tur, furent desterrés; car il fu trouvé par les inquisiteurs que le dit Jehan en son tems avoit esté hérite, et pour ceste cause furent ses os ars et mis en poudre: le dit Jehan estoit commandeur[252] du Temple, et en son tems fist édifier la tour du Temple.