Et adecertes en cest an ensement, le premier jour de septembre, au palais de Paris, par le conseil au conte de Savoie et de Charles conte de Valois, et de Loys conte d'Evreux, et de l'évesque de Saint-Malo et de pluseurs autres évesques, archevesques, prélas, barons, princes, contes, ducs et chevaliers entre Phelippe conte de Poitiers, régent du royaume de France et de Navarre, et Robert de Béthune conte de Flandres, fu une condicion et manière de paix par lettres authentiques faite et confirmée, et des eschevins de Flandres pour tout le menu et le gros peuple commun affermée.

Et en cest an aussi, au moys de septembre, Robert d'Artois fils Phelippe d'Artois, qui fu fils du conte d'Artois Robert qui mourut à Courtray en Flandres, entra à grant ost et noble chevalerie de chevaliers ensemble aliés, en la cité d'Arras, à luy usurpant et prenant, ainsi comme par violence, la conté d'Artois, au préjudice de la contesse d'Artois fille le dessus dit conte Robert[302]. Mais tout veu, et considéré que les parties proposoient, la propriété du conté d'Artois fu déclinée à la contesse, et pour bien de paix, la conté de Biaumont avec toutes ses appartenances fu donnée audit Robert, et renonça au droit du conté d'Artois, sé point en i avoit, et le quitta et en furent faites lettres, et jura que il ne vendroit jamais encontre.

En cel an, pour l'accord traitié entre le roy et les Flamens, fu Loys, le conte de Nevers, qui tant de maus au royaume avoit fait, receu fu des Flamens en grace et luy fu rendue sa conté où li rois avoit mis sa main. Et lors, li Flamens par terre et par mer se garnirent de vitaille, si qu'en brief temps il ot meilleur marchié de pain et de vin que il n'ot en France. Et puis assés tost, li Flamens se confederèrent et adjoindrent aux Baonnois[303] et vindrent par mer contre les François et prinrent quatre de leurs grans nés et les ardirent; combien que il déissent lors le contraire.

[304]Et en cest an, environ la chandeleur, furent assemblés en la présence de Pierre d'Arrablay, jadis chancelier du roy de France mais nouvellement avoit esté fait cardinal, pluseurs barons, nobles prélas, bourgois en la cité de Paris; lesquiels tous ensemble approuvèrent la coronacion de Phelippe-le-Lonc, et luy promistrent obédience tant comme à leur seigneur, et à Loys son ainsné fils après luy, tant comme vray hoir; et de ces choses firent foy et serement; et aussi ceux de l'université de Paris aprouvèrent les choses dessus dites; mais il n'en firent pas serement. Et adonc fu-il desclairié que femme ne succède pas au royaume de France.

Et en cest an, le vendredi après les Cendres, Loys, ainsné fils du roy Phelippe-le-Lonc, mourut, et aux frères Meneurs emprès son aïeule Jehanne royne de France et de Navarre fu enterré.

Cy fenist l'ystoire du roy Loys, roy de France et de Navarre.

CI COMENCE L'YSTOIRE AU ROY PHELIPPE, QUI FU CORONNÉ EN ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE.

I.

De la mort Jehan fils du roy Loys de France et de Navarre qu'il ot de la royne Climence; et coment Phelippe conte de Poitiers fu couronné en roy de France après la mort du dit roy Jehan.

En l'an de grace mil trois cent seize, la royne Climence qui estoit enceinte, chéi en une quartaine qui moult greva sa porteure, et enfanta un fils qui avoit non Jehan qui mourut assez tost après. Pour quoy Phelippe, conte de Poitiers, se mist en possession des royaumes: mais le duc de Bourgoigne[305] et sa mère luy estoient contraires, et disoient que la fille son frère le roy Loys devoit hériter. Et les autres disoient que femme ne puet hériter au royaume de France; pour ce ledit Phelippe fu couronné à roy, et à la nuit de la Thiphaine après fu reccu comme roy à Paris. Et tantost il appella le dit Robert d'Artois, et luy fist tenir prison longuement tant que accort fu fait et de luy et de la contesse d'Artois que il quicta du tout; et l'en luy donna la conté de Biaumont en Normendie[306].