Jupiter.
Momus jecté hors du Ciel, & pourquoy.
Et pour ne perdre temps à parler de tous, n'y voit lon pas l'Altitonant Jupiter. Jupiter tant terrible, qu'avec ses fouldres il espouvante les hommes & les dieux, quand il se transmue tantost en Cygne, tantost en Taureau, tantost en Aigle, puis en une sorte, puis en une autre, pour donner ordre à ses amours, & soy delecter singulierement de la Folie: comme les autres dieux, lesquels le grand Momus jecté hors du Ciel, & pourquoy. Momus voulut une fois reprendre: mais du commun conseil de tous il fut jecté hors du ciel, & le feit on trebuscher icy bas, à fin que là hault il ne demourast plus aucun moleste ne fascheux repreneur, qui aucunement destourbast le singulier plaisir de leurs folies. Et estant ce pauvre Momus tombé en terre, il demoura grandement esmerveillé, voyant que la Folie, laquelle il avoit voulu blasmer là hault, gouverne icy bas encores toutes choses.
Raison & Prudence confinees au derriere de la teste.
Le gouvernement du cueur baillé à la colere.
Celuy qui vouldra mettre peine & diligence de considerer l'universelle complexion des corps humains, il trouvera que la Raison & la Prudence ont en iceux trespetite part: mais c'est par la grace de benigne Nature, qui du commencement voulant subvenir & pourveoir aux hommes, cognoissant de combien ces deux dames Raison & Prudence confinees au derriere de la teste. Raison & Prudence estoyent contraires & nuisibles à la longueur & au repos de nostre vie, les alla sagement confiner en l'extreme & derniere partie de la teste: Ordonnant à tous les autres esprits appetitifs & sensitifs du corps, de tousjours eux opposer & formaliser contre elles. Et en ceste partie là les tiennent continuellement assiegees, comme quasi en une estroicte roche. En apres elle donna Le gouvernement du cueur baillé à la colere. le gouvernement du cueur, qui est l'origine & source de nostre vie, à l'ardente colere. Et quant au reste de ce corps, il fut quasi du tout mis en la disposition & puissance de l'irraisonnable concupiscence, pour estre entre les autres appetits deux trespuissans contraires, qui tousjours s'opposeroyent & viendroyent combatre à la Raison & à la Prudence, comme à leurs manifestes ennemis: à fin que nostre vie humaine fust regie & gouvernee de ses affections & appetits avec plaisir & douceur, & non de la Raison & Prudence avec severité & aigreur.
La femme baillee à l'homme pour compagnie.
L'opinion de Platon touchant les femmes.
Parquoy la divine Providence voyant l'homme estre né pour commander, & dominer sur les autres animaux, regir & gouverner l'universel: se doutant que par une dure necessité ou travail d'aucuns fascheux negoces il ne fust souvent contrainct avoir recours & se joindre à la Prudence: Elle voulut bien encores luy pourveoir d'une eternelle & La femme baillee à l'homme pour compagnie. inseparable compagnie, & luy bailla la femme, qui tousjours le divertit des griefves sollicitudes, tribulations & fascheries qu'il ha, ou lieu desquelles elle luy donne plaisir: estant un animal si goffe, & en toutes choses si follastre, que le divin & saige L'opinion de Platon touchant les femmes. Platon, ne sçait bonnement s'il le doit mettre au nombre des animaux raisonnables ou brutaux.