«—Sire, répond Aleaume, je suis prêt à prouver contre le plus fort chevalier du monde que jamais je n'eus envers vous pensée vilaine.»

Et Banin: «Voici mon gage. Je montrerai que j'ai vu de mes yeux la trahison dont il s'est rendu coupable envers son seigneur lige.

«—Voyons, sénéchal, reprit Claudas, que pensez-vous faire?

«—Mais, sire, cette cause est vôtre plus que mienne. Mon seul crime est de vous avoir bien servi.»

«—Si vous n'êtes pas coupable, défendez-vous. Vous êtes aussi fort, aussi hardi champion que Banin, vous avez droit: que pouvez-vous craindre?»

Tant dit le roi Claudas que le sénéchal fut contraint de se soumettre à l'épreuve. Les gages furent mis entre les mains du roi, qui dit en les recevant: «Sénéchal, je vous tiens pour chevalier loyal envers moi, comme vous l'avez été envers votre premier seigneur. Je vous investis du royaume de Benoïc, avec les rentes et revenus qui en dépendent. Et, dès que vous aurez convaincu de fausseté votre accusateur, je recevrai votre hommage. Mais s'il arrive que vous soyez mis hors des lices, c'est Banin qui devra tenir, au lieu de vous, le royaume de Benoïc.»

Le combat eut lieu à quatre jours de là dans la prairie de Benoïc, entre Loire et Arsie. Banin eut raison de la trahison du sénéchal, dont il fit voler la tête sur l'herbe sanglante. Quand il vint reprendre son gage, Claudas l'accueillit avec honneur; car, s'il pratiquait volontiers les traîtres, il ne leur accordait jamais sa confiance. Il offrit donc au vainqueur l'honneur du royaume de Benoïc.

«Sire, répondit Banin, je suis resté près de vous jusqu'à présent, dans l'espoir de satisfaire au droit, et de punir le traître qui vous livra le château de Trebes. J'ai, grâce à Dieu, rempli ce devoir; rien ne doit plus me retenir près de vous. Je n'ai pas cessé d'être au roi Ban et je ne puis voir en vous qu'un ennemi; l'hommage que je vous rendrais ferait sortir mon cœur de ma poitrine.—J'ai, dit Claudas, grand regret de votre résolution, mais je vous accorde le congé que vous souhaitez.» Banin, sur cette réponse, demanda son cheval et s'éloigna de Trebes, sans attendre la fin du jour.

On le trouve, dans une autre laisse, à la cour du roi Artus, emportant les prix des behours et des quintaines, méritant d'être admis parmi les chevaliers de la Reine, de la Table ronde et de l'Escarguette ou garde du Roi. Il avait, dit le romancier, recueilli dans ses guerres contre le roi Claudas un butin assez fort pour faire bonne figure au milieu des chevaliers bretons. Mais Artus, quand il apprenait que le nom de Banin lui venait du roi de Benoïc, était entré dans une profonde et douloureuse rêverie; car ce nom lui rappelait que la mort du roi Ban n'était pas vengée. Banin, ajoute notre livre[4], «fit beaucoup parler de lui et attacha son nom à mainte belle aventure; mais c'est dans le Conte du Commun qu'elles sont racontées et où il convient mieux de les lire[5]

III.