En 358, Julien fit la guerre aux Salyens, dont le nom paraît alors pour la première fois dans l'histoire, et renouvela les traités en vertu desquels ils étaient établis depuis 287 dans le pays appelé la Toxandrie, c'est-à-dire entre la Meuse et l'Escaut. C'est la tribu établie dès cette époque dans la Toxandrie qui est la principale des tribus franques; c'est elle qui est le noyau de la nation, et qui deviendra sous Clovis le peuple prépondérant de la Gaule.
Arbogaste, qui était général des forces militaires et le maître de l'empire, lutta contre les Franks d'outre-Rhin et battit leurs chefs Marcomer et Sunnon. En 407 les Franks essayèrent de défendre le Rhin contre les Vandales, les Suèves et les Alains, mais ils furent vaincus.
Les désordres de l'empire (407-428) permirent aux Franks de secouer l'autorité romaine et de conquérir de nouveaux territoires dans la Belgique; les Salyens s'emparèrent de la Morinie, d'Amiens, Cambray, Tournay, Arras, et étendirent leur domination jusqu'à la Somme; les Ripuaires prirent Trèves et Cologne (413).
En 428, Aétius, qui restaura pour un moment l'autorité impériale dans les Gaules, attaqua les Ripuaires, les battit, et les força de nouveau à reconnaître la suzeraineté de l'empire. En 431, il attaqua les Salyens, et battit à Helena leur roi Chlodion (Chloio, Chlogio, ou Clovis), qui résidait à Dispargum (Duisbourg?). Vaincus dans d'autres rencontres, les Salyens se soumirent, mais restèrent maîtres de tous les territoires qu'ils avaient conquis.
C'est ainsi que s'accomplissaient les conquêtes des barbares. «Les empereurs, dit l'historien grec Procope, cité par M. de Pétigny, les empereurs ne pouvaient pas empêcher les barbares d'entrer dans les provinces; mais les barbares, de leur côté, ne croyaient point posséder en sûreté les terres qu'ils occupaient tant que le fait de leur possession n'avait pas été changé en droit par l'autorité impériale.»
Les Franks Salyens et Ripuaires firent fidèlement leur devoir dans la guerre contre Attila. Mérovée, roi des Salyens, et bien probablement fils de Clodion, était particulièrement dévoué à Aétius. Après la mort de ce grand général, lâchement assassiné par l'empereur Valentinien, en 454, les Franks se crurent déliés de leurs obligations envers l'empire, et pillèrent la Belgique. Soumis de nouveau par Avitus et par Majorien, les Salyens, qui avaient chassé leur roi Childéric, prirent pour chef Egidius maître des milices de la Gaule, et à ce titre chef suprême de tous les barbares vassaux de l'empire. Egidius fut le dernier des officiers de l'empire qui ait su maintenir l'autorité du nom romain.
Depuis 457 Egidius gouverna les Franks jusqu'en 464, qu'ils reprirent leur roi Childéric et qu'Egidius mourut, après avoir été battu par ses ancien sujets. A son tour, Childéric devint maître des milices vers 469. Peu après, l'empire s'écroula en Italie, et les monarchies barbares, jusque là vassales et fédérées de l'empire, devinrent indépendantes, et restèrent enfin maîtresses des territoires qu'elles avaient conquis. (Cf. l'ouvrage de M. de Pétigny déjà cité.)
[126] Mons Martyrum, mont des martyrs.
[127] Je ne parle point ici des révoltes de Sacrovir, sous Tibère, et de Vindex sous Néron. Ces soulèvements eurent un caractère politique, une allure pour ainsi dire officielle. Ce n'étaient pas des émeutes populaires, c'étaient des conjurations d'ambitieux, des mouvements de parti, auxquels se mêlèrent les plus hauts personnages des cités gauloises.
[128] Tacite, Hist., liv. II, ch. 61.