Et tantost après, ledit prévost des marchans retourna au palais, et tant de gens d'armes avec luy, que toute la court en estoit plaine. Et monta en la chambre où monseigneur le duc estoit, qui moult estoit dolent et esbahi de ce qui estoit advenu. Et encore estoient les corps desdis chevaliers devant ledit perron de marbre, et le povoit ledit duc véoir des fenestres de sa chambre. Et quant ledit prévost fut en ladite chambre, et plusieurs armés de sa compaignie avec luy, il dit audit monseigneur le duc que il ne se méist point à mesaise de ce qui estoit advenu, car il avoit esté fait de la volenté du peuple, et pour eschiéver greigneurs périls; et ceux qui avoient esté mors avoient esté faux, mauvais et traîtres. Et requist ledit prévost à monseigneur le duc, de par ledit peuple, que il voulsist ratifier ledit fait et estre tout un avec eux. Et que sé mestier avoient d'aucun pardon pour cause dudit fait, que le duc leur voulsist à tous pardonner. Lequel duc ottroia audit prévost les choses dessus dites, et luy pria que ceux de Paris voulsissent estre ses bons amis, et il seroit le leur. Et pour celle cause, ledit prévost envoia audit duc deux draps, l'un de pers et l'autre de rouge, pour ce que ledit duc féist faire des chapperons pour luy et pour ses gens tout comme ceux de Paris les portoient, c'est assavoir, parti de pers et de rouge, le pers à destre. Et ainsi le fist ledit monseigneur le duc et portoit tel chapperon comme dit est, et ses gens aussi, et ceux du parlement et des autres chambres du palais et tous autres officiers communément estans à Paris.
Et celuy jour de jeudi, environ vespres, ledit prévost commanda que on levast lesdis corps des deux chevaliers dessus dis, qui encore estoient en ladite court du palais, et que l'on les portast à Sainte-Catherine-du-Val-des-Escoliers. Et jà estoit levé le corps de maistre Regnaut d'Acy, et avoit esté porté en son ostel par ses gens, car il avoit esté tué près de son ostel. Mais toutesvoies fut-il longuement là où il avoit esté tué en la vue de chascun, avant que il eust esté levé.
Si furent les deux corps dessus dis mis par povres varlès en une charrete, et menés à descouvert dedans ladite charrete par lesdis povres varlès, qui ladite charrete traînoient sans chevaux au long de la ville, jusques audit lieu de Sainte-Catherine-du-Val-des-Escoliers; et par lesdis varlès furent descendus en la court, et puis emmenèrent lesdis varlès ladite charrete et laissièrent là les deux corps. Et emportèrent lesdis varlès le mantel de l'un des chevaliers pour leur salaire de les avoir amenés jusque là. Et pour ce que les religieux de Sainte-Catherine n'osoient enterrer lesdis corps, aucuns d'eux alèrent vers ledit prévost pour savoir que il vouloit que lesdis religieux féissent desdis corps. Lequel prévost respondit auxdis religieux que il luy plaisoit que ils en féissent ce que monseigneur le duc vouldroit. Et après alèrent vers monseigneur le duc, lequel leur dist que ils les féissent enterrer secrètement sans solemnité. Mais assez tost après fut deffendu auxdis religieux, de par l'evesque de Paris, que ils n'enterrassent point le corps de monseigneur Robert de Clermont en terre benoite, car ledit evesque le tenoit pour excomménié, pour ce que il avoit esté à oster et traire hors du moustier de Saint-Merry Perin Marc, qui avoit tué Jehan Baillet, si comme dessus est dit. Si en fut ordené secrètement par lesdis religieux tant de l'un comme de l'autre. Et ledit maitre Regnaut d'Acy fut le soir enterré secrètement au moustier de Saint-Landry, de quelle paroisse il estoit.
Et celuy jeudi au soir, bien tard, fut ledit prévost des marchans en l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à luy moult longuement. Et disoit-l'on que entre les autres choses que il luy dit, il luy requit que elle féist venir le roy de Navarre à Paris.
De l'assemblée que le prévost des marchans fist aux Augustins et des paroles que maistre Robert de Corbie dist.
L'endemain, jour de vendredi, vint-troisiesme jour dudit moys de février, ledit prévost des marchans fist assembler au matin aux Augustins grant nombre de ceux de Paris, desquels plusieurs estoient armés. Et manda à ceux qui avoient esté envoiés de par les bonnes villes qui encore estoient à Paris que ils alassent là, desquels plusieurs y alèrent. Et là, maistre Robert de Corbie dit que le prévost des marchans avoit fait faire le fait qui avoit esté fait le jour précédent pour le bien et pour le proufit du royaume, et que ils estoient quatre qui empeschoient tous les bons consaux devers monseigneur le duc, et par eux avoit esté empeschiée la délivrance du roy de France, si comme disoit ledit maistre Robert. Et dit que sur la délivrance du roy avoient esté assemblés l'université, le clergié et la ville de Paris, qui tous estoient et avoient esté d'accort et en une oppinion. Et depuis soixante-quatre personnes du conseil monseigneur le duc qui sur ce meismes avoient esté assemblées avoient esté de une oppinion, et les quatre dessus dis empeschièrent tout. Mais il ne dit point qui estoient ces quatre, et si ne dit oncques sur quoi ce conseil avoit esté, en espécial, né aucun cas particulier né espécial pour lequel ils eussent mis à mort les trois dessus nommés. Et toutesvoies requist ledit maistre Robert les envoiés des bonnes villes, pour ledit prévost et les autres qui avoient fait ledit fait, que ils voulsissent ratifier ce qui avoit esté fait et eux tenir en bonne union avec ceux de Paris; laquelle union avoit esté promise et jurée en plusieurs assemblées par avant, si comme disoit ledit maistre Robert.
Et jà fust ce que plusieurs de ceux des bonnes villes sceussent bien que sure chose n'estoit pas de ratifier ledit fait, toutesvoies dirent par doubte tous ceux qui en ladite assemblée estoient, que ils créoient que ce avoit esté fait à bonne cause et juste, et le ratiffioient, dont plusieurs de Paris qui là estoient les en mercièrent.
Comment le prévost des marchans vint à monseigneur le duc en parlement, et luy requist que il voulsist tenir les ordenances que les trois estas avoient establies l'année devant.
Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys, fut monseigneur le duc en la chambre de parlement, et avec luy aucuns de son conseil qui luy estoient demourés. Et là alèrent à luy ledit prévost et plusieurs autres avec luy, tant armés comme non armés, et requistrent à monseigneur le duc que il féist tenir et garder, sans enfraindre, toutes les ordenances lesquelles avoient esté faites par les trois estas l'an précédent, et que il les laissast gouverner si comme autrefois avoit esté fait; et que il voulsist débouter aucuns qui encore estoient en son conseil; et pour ce que le peuple se tenoit trop mal content de moult de choses qui estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit peuple, il voulsist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgeois que l'on luy nommeroit. Toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur ottroia.