Et aussi prescha Charles Toussac, et dit que le royaume de France estoit en petit point et avoit mal esté gouverné, et encore estoit; si estoit mestier que ils y féissent un capitaine qui mieux les gouverneroit et luy sembloit que meilleur ne povoient-ils avoir du roy de Navarre.
Et à ce mot furent plusieurs forgiés et ordenés à ce, qui crièrent: Navarre! Navarre! tous à une voix ainsi comme sé ils voulsissent dire: Nous voulons le roy de Navarre. Et toutesvoies, la plus grant partie de trop de ceulx qui là estoient se turent et furent courrouciés dudit cry; mais ils ne l'osèrent contredire.
Si fut lors eslu ledit roy en capitaine de la ville de Paris; et luy fut dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris escriroient à toutes bonnes villes du royaume, afin que chascun se consentist à faire ledit roy capitaine universel par tout le royaume de France.
Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner bien et loyalement, et de vivre et mourir avec eux contre tous, sans aucun excepter; et leur dit: «Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade, et y est la maladie moult enracinée; et pour ce, ne peut-il estre si tost gary: si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne apaise si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour.»
Comment ledit régent s'en ala de Sens à Provins, à Chasteau-Tierry et à Gandelus[ [226]; et du nombre des Jaques tués par les gentilshommes.
Celui vendredi meismes, ledit régent qui toute celle semaine avoit demouré à Sens, s'en partit et s'en ala à Provins, et d'illec vers Chasteau-Tierry et vers Gandelus, où l'on disoit qu'il y avoit grande assemblée de ces communes que l'on appelloit Jaques Bonhomme; et tousjours luy venoient gentilshommes de tous pays. Et la royne Jehanne estoit à Paris, laquelle mettoit grande diligence de faire aucun traictié entre ledit régent, par devers lequel elle envoioit souvent, et ceux de Paris. Et pour ce se partit ladite royne de Paris le samedi vingt-troisiesme, jour de juin pour aler par devers ledit régent, qui estoit environ Meaulx, en attendant les gens d'armes qui luy venoient.
Et tousjours ardoient les gentilshommes aucunes maisons que ils trouvoient à ceulx de Paris, sé ils n'estoient officiers du roy ou dudit régent; et prenoient et emportoient tous les biens meubles que ils trouvoient et estoient auxdis habitans; et ne se osoit homme qui alast par pays, avoer de Paris. Et aussi tuoient les gentilshommes tous ceux que ils povoient trouver qui avoient esté de la compagnie des Jaques, c'est-à-dire des communes qui avoient tué les gentilshommes, leurs femmes et leurs enfans, et abattu maisons; et tant que on tenoit certainement que l'on en avoit bien tué dedans le jour de la saint Jean-Baptiste vint mille et plus.
Comment les gentilshommes de Bourgoigne laissièrent le roy de Navarre.
Le vendredi vingt-deuxiesme jour dudit mois de juin, le roy de Navarre partit de Paris et avecques luy plusieurs de ladite ville et plusieurs de ses gens. Et estoient environ six cens glaives; et alèrent à Gonesse, où plusieurs autres des villes de la visconté de Paris les attendoient. Et deux jours ou trois devant, plusieurs des gentilshommes qui avoient esté avec ledit roy de Navarre une partie de la saison et encore estoient, espécialement ceux du pays de Bourgoigne, prisrent congié dudit roy de Navarre, quant ils virent que il avoit accepté la capitainerie de ceux de Paris, en disant que ils ne seroient point contre ledit régent né contre les gentilshommes; et s'en partirent et s'en alèrent en leur pays. Et ledit roy et sa compaignie s'en alèrent vers Senlis.
Comment ledit régent et son ost logièrent près de Paris, en telle manière que nul n'osoit issir né entrer en ladite ville de celle part où il estoit.