«Briefvement et ce tout consideré et avisé, avant que je vinsse en sa cour, je avois esté en moult de cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes dames; mais je n'en fus oncques en nulle qui mieux me plust, ni qui fust sur le fait d'armes plus resjouïe comme celle du comte de Foix estoit. On véoit en la salle et ès chambres et en la cour chevaliers et escuyers d'honneur aller et marcher, et d'armes et d'amour les oyoit-on parler. Toute honneur estoit là-dedans trouvée. Nouvelles dequel royaume ni dequel pays que ce fust là-dedans on y apprenoit; car de tous pays, pour la vaillance du seigneur, elles y appleuvoient et venoient.»
Ce comte, si célèbre par sa courtoisie, n'en avait pas moins tué de sa propre main son fils unique: «Le comte s'enfelonna (s'irrita), et, sans mot dire, il se partit de sa chambre et s'en vint vers la prison où son fils estoit; et tenoit à la male heure un petit long coutel, et dont il appareilloit ses ongles et nettoyoit. Il fit ouvrir l'huis de la prison, et vint à son fils, et ce tenoit l'alemelle (lame) de son coutel par la pointe, que il n'y en avoit pas hors de ses doigts la longueur de l'espaisseur d'un gros tournois. Par mautalent (malheur), en boutant ce tant de pointe dans la gorge de son fils, il l'assena ne sçais en quelle veine, et lui dit: «Ha traitour (traître)! pourquoi ne manges-tu point?» Et tantost s'en partit le comte sans plus rien dire ni faire, et rentra en sa chambre. L'enfès (enfant) fut sang mué et effrayé de la venue de son père, avecques ce que il estoit foible de jeusner, et qu'il vit ou sentit la pointe du coutel qui le toucha à la gorge, comme petit fut en une veine, il se tourna d'autre part, et là mourut.»
Froissart est à la peine pour excuser le crime de son hôte, et ne réussit qu'à faire un tableau pathétique.
On avait été obligé de frapper la table de lois somptuaires: ces lois n'accordaient aux riches que deux services et deux sortes de viande, à l'exception des prélats et des barons, qui mangeaient de tout en toute liberté; elles ne permettaient la viande aux négociants et aux artisans qu'à un seul repas; pour les autres repas, ils se devaient sustenter de lait, de beurre et de légumes.
Le carême, d'une rigueur excessive, n'empêchait pas les réfections clandestines. Une femme avait assisté nu-pieds à une procession, et faisoit la marmiteuse plus que dix. Au sortir de là, l'hypocrite alla disner avec son amant, d'un quartier d'agneau et d'un jambon. La senteur en vint jusqu'à la rue. On monta en haut. Elle fut prise, et condamnée à se promener par la ville avec son quartier à la broche, sur l'épaule, et le jambon pendu au col. (Brantôme.)
Les voyageurs trouvaient partout des hôtelleries. Chevauchant avec messire Espaing de Lyon, maître Jehan Froissart va d'auberge en auberge, s'enquérant de l'histoire des châteaux qu'il aperçoit le long de la route, et que lui raconte le bon chevalier son compagnon. «Et nous vinsmes à Tarbes, et nous fusmes tout aises à l'hostel de l'Estoile, et y séjournasmes tout sejour; car c'est une ville trop bien aisée pour sejourner chevaux: de bons foins, de bonnes avoines et de belles rivieres... Puis vinsmes à Orthez. Le chevalier descendit à son hostel, et je descendis à l'hostel de la Lune.»
On rencontrait sur les chemins des basternes ou litières, des mules, des palefrois et des voitures à bœufs: les roues des charrettes étaient à l'antique. Les chemins se distinguaient en chemins péageaux et en sentiers; des lois en réglaient la largeur: le chemin péageau devait avoir quatorze pieds (Mss. Sainte-Palaye); les sentiers pouvaient être ombragés, mais il fallait élaguer les arbres le long des voies royales, excepté les arbres d'abris (Capitulaires). Le service des fiefs creusa cette multitude infinie de chemins de traverse dont nos campagnes sont sillonnées.
Les bains chauds étaient d'un usage commun, et portaient le nom d'étuves: les Romains nous avaient laissé cet usage, qui ne se perdit guère que sous la monarchie absolue, époque où la France devint sale. On criait dans les rues de Paris, sous Philippe-Auguste:
Seigneur, voulez-vous vous baigner?
Entrez donc sans deslaïer;