Le chef Arverne, acclamé par la foule, fut placé par l'enthousiasme populaire à la tête de toutes les forces réunies de la Gaule, malgré l'opposition des chefs éduens, humiliés de voir leur cité obéir à un étranger. Ils fournirent, néanmoins, leur contingent pour la défense d'Alesia, mais la conduite de plusieurs d'entre eux, faits prisonniers par les Romains, a laissé subsister des doutes sur leur fidélité à la cause nationale.
Après la prise d'Alesia, César rendit aux Éduens leurs prisonniers et vint lui-même hiverner à Bibracte:--Ipse Bibracte hicmare constituit.[8]
Il était occupé à y rendre la justice, lorsqu'il apprit que les Bituriges préparaient une nouvelle insurrection. Ne voulant pas laisser à l'ennemi le temps d'organiser ses forces, il quitta Bibracte la veille des kalendes de janvier :--Pridic kalendas januarias a Bibracte proficisitur,[9]--avec une faible escorte de cavalerie:--cum manu equitatis,--et laissant Marc-Antoine à la garde des bagages, il rallia la XIe légion campée dans le voisinage:--quae proxiima erat,--et la XIIIe qui occupait la limite entre les Éduens et les Bituriges. L'ennemi, pris à l'improviste, fut complètement défait. La conquête de la Gaule était achevée.
Il ne paraît point que César soit revenu à Bibracte, du moins ni lui ni ses historiens n'en ont fait mention. La forteresse est nommée encore une fois par Strabon, quelques années plus tard, à une date difficile à préciser: «Les Éduens--dit ce géographe--ont une ville, Chalon-sur-Saône, et une forteresse, Bibracte.»
L'organisation nouvelle donnée à la Gaule par Auguste semble avoir décidé de la suppression de l'ancien oppidum. Rome ne voulut pas laisser entre les mains d'une population toujours remuante une forteresse de cette importance qui, à un moment donné, pouvait offrir aux insurgés un point d'appui des plus solides.
Bibracte fut détruite avec Gergovie et remplacée comme elle par une ville de création romaine. Elles prirent l'une et l'autre le nom d'Auguste: Augustodunum--Augustonemetum;--et Bibracte fut transportée à Autun, comme Gergovie à Clermont.
Les Romains--ces maîtres dans l'art de coloniser--ont fait usage assez fréquemment du moyen dont nous parlons, soit pour châtier une cité rebelle, soit pour briser les dernières résistances d'un pays récemment conquis.
Pausanias cite, entr'autres, un grand nombre de villes grecques qu'Auguste, après la bataille d'Actium, dépeupla entièrement et dont il transporta les habitants dans d'autres cités, pour les punir d'avoir servi le parti d'Antoine.
En Gaule, la sévérité de la nouvelle administration transforma en peu de temps les populations indigènes et leur fit oublier jusqu'à leur langue.[10]
Les anciennes forteresses furent détruites, et les récalcitrants tués, vendus à l'encan, ou transportés en masse.