J'ai su de certaine personne
Que l'archevêque de Narbonne,
A qui le beau langage est hoc,
En revenant de Languedoc,
Où son sage esprit on admire,
Harangua le roi notre sire
A la tête des députés
De plusieurs villes et cités,
Afin d'assurer ce grand prince
Que les états de la province
N'ont dans leurs cœurs d'autres objets
Que d'être toujours bons sujets;
Et, comme il est Fouquet de race,
Il parla de si bonne grâce,
Que le roi fort content parut
Tant que ce prélat discourut.

Il est question, dans la même lettre, de la nomination de Louis Fouquet, autre frère du surintendant, à la charge de maître de l'oratoire du roi.

Monsieur d'Agde, un autre sien frère,
Que toute la cour considère,
Quoiqu'il ne soit qu'en son printemps,
Comme un des bons esprits du temps,
Est à son grand honneur et gloire
Reçu maître de l'Oratoire.
Charge qu'avoit cet orateur
Qui d'Amiens est le pasteur[1535].
Et par lui franchement remise,
A ce jeune astre de l'Église.
Infiniment judicieux
Et qui l'exercera des mieux.

Louis Fouquet était déjà aumônier du roi. En achetant pour lui la charge de maître de l'oratoire, le surintendant le mettait à la tête de tout le clergé inférieur de la chapelle du roi, composé du chapelain ordinaire et de huit chapelains qui servaient par quartier et célébraient toutes les messes basses dans l'oratoire particulier de Louis XIV.

Le Brun ne cessa de travailler aux peintures de Vaux pendant les dernières années du ministère de Fouquet. Lorsque le surintendant eut été disgracié, il ne cacha pas sa sympathie pour son malheur: «Je dînai, écrit Olivier d'Ormesson[1536], avec M. le Brun, qui conservoit beaucoup d'estime pour M. Fouquet, et témoignoit du chagrin de la dureté du siècle, et, quoiqu'il fût fort bien auprès de M. Colbert et qu'il eût la conduite des ouvrages des Gobelins, il n'en paroissoit pas content, disant que plus il faisoit, plus on exigeoit de travail de lui, sans témoignage de satisfaction, et que même on avoit de la jalousie de lui, parce que le roi en étoit content.»

II

portrait d'anne d'autriche par le cardinal de retz.
(Mémoires sur Fouquet, t. II, p. 123-124.)

Voltaire, dans la Préface de son Histoire de Russie (paragr. vii), après avoir cité le portrait d'Anne d'Autriche par le cardinal de Retz, pour montrer que la passion et le goût de la singularité égaraient son pinceau, ajoute:

«Il faut avouer que les obscurités de ces expressions, cette foule d'antithèses et de comparatifs, et le burlesque de cette peinture si indigne de l'histoire, ne doivent pas plaire aux esprits bien faits. Ceux qui aiment la vérité doutent de celle du portrait, en lui comparant la conduite de la reine; et les cœurs vertueux sont aussi révoltés de l'aigreur et du mépris que l'historien déploie en parlant d'une princesse qui le combla de bienfaits qu'ils sont indignés de voir un archevêque faire la guerre civile, comme il l'avoue, uniquement pour le plaisir de la faire.»

III