—Monsieur le lieutenant, je plaide pour les pères qui ne sont pas ce qu'ils veulent en ce monde, et ausquels, par une subtilité extraordinaire, on coupe la broche de leurs desseins. Il est question qu'un certain marchand de Paris desiroit s'allier en bon lieu, et donner sa fille en mariage à gens de son calibre, où il y avoit du fonds; et toutesfois, pour avoir permis à cette fille la communication et fréquentation d'un advocaceau qui la visitoit et la langueoit souvent, le père n'a sceu faire condescendre sa fille à ce mariage: si bien que, de cholère, le père luy dit que jamais il ne parleroit de la marier; pour à quoy remedier par la fille et l'advocat, après une consultation secrette, la fille a laissé aller le chat au fromage si souvent, que l'on s'est apperceu qu'il falloit r'eslargir sa robbe, qui a esté le subject que, pour ne point descrier la maison, le marchand luy-mesme a esté le postulant pour avoir l'advocat, qu'il refusoit auparavant; et l'advocat, faisant semblant de le mepriser, a eu du bien avec la fille beaucoup plus qu'il n'avoit volonté de donner, et ont esté mariez secrettement; et si on a accouché avant terme d'un roussin qui a queue, crin et oreille. A ceste cause, je demande que l'antiquité soit restablie, et qu'il ne soit pas permis de faire communiquer les filles avec les jeunes hommes que le jour de leurs accordailles.

—Où sont les gens du roy, Bourguignon et Gouffé? Qu'ils concluent.

—Monsieur le lieutenant, ils sont empeschez à la chambre civile à faire leurs affaires. Vous pouvez juger sans eux.

—Escrivez, greffier:

«Attendu que tels accidens ne proceddent que de la faute des folles mères, qui donnent trop d'estat et de licence à leurs filles, au respect du temps passé, nous ordonnons que la fascherie que les père et mère en porteront leur sera precomptée sur les peines du purgatoire.»

Appelez un autre.

—Goguier! Goguier!

—Monsieur le lieutenant, excusez si je prens le faict et cause des garçons de taverne: je les ayme autant comme Harlequin faisoit son petit pourceau; je les reputte comme mes clercs, car ils ont tousjours mon sac et ma liasse en garde. C'est pourquoy je desire qu'on leur fasse justice.

—Plaidez.

—Monsieur, ce dont je veux parler est advenu depuis huict jours en çà, au grand dommage du clerc de taverne du Pied-de-Biche, près de la porte du Temple, auquel cinq ou six manteaux rouges ont faict un affront, les quels, sous ombre de boire pinte ensemble, luy ont faict une querelle d'Allemant, l'ont bien battu, et, qui pis est, arraché de force son tablier à bourse, où l'argent de sa journée estoit, qui se montoit à trente livres pour le moins, et, pour l'intimider, afin qu'il ne peust crier aux larrons, ont tous deguené leur espée, et faisoient semblant de s'entretenir l'un l'autre, tandis que l'on emportoit sa bourse; et, comme ils sont sortis par la ruë, les bourgeois espouvantez se sont retirez en leurs maisons, et ces manteaux rouges evaddez, si bien qu'il ne sçait à qui s'en prendre. Je demande attendu qu'il n'y a point de partie capable pour en respondre, qu'il soit faict une queste à la porte de l'eglise du temple.