—Plaidez... Plaidez doncques, Richer, et n'alez plus aux prunes avec Ryme, et n'entretenez plus vostre nourrice, puisque vous avez une femme.

—Monsieur le lieutenant, je plaide pour les habitans de Mont-Rouge, Arcueil et Gentilly, qui se plaignent du grand degast qui est faict en la presente année de leurs bleds et mars, qui se sont trouvez tous versez, foulez et trepignez par les femmes debauchées qui hantent et frequentent le pays. Je demande qu'il vous plaise y donner ordre, les faire prendre pour estre chastiées selon les loix.

—Escrivez, greffier:

«Il est enjoint à l'huissier Cornet de faire advertir le sieur Cordiable, baron de Malva, lieutenant du prevost des mareschaux, que, en faisant sa chevauchée vers le pays de Trefou[142], il ait à se faire accompagner des gens de guerre qui sont en ses roolles et liasses, pour, avec le baston ordinaire dont il chastie les dites garses quand il les trouve, prendre vengeance tant du dit degast que des poulins que son commis a gaignez avec elles en allant à sa maison, sauf à ordonner de ses salaires.»

Appelez un autre.

—Humblot! Humblot! prenez vostre robbe de semoneux[143] et vostre bonnet plain de duvet, et venez plaider.

—Monsieur le lieutenant, soyez-moy favorable en justice: car, si je gaigne ceste cause, j'espère en avoir une neufve, car elle est de consequence.

Je parle pour deux créanciers de la royne Marguerite, à sçavoir, un sommelier et un charpentier, ausquels il est deu de dettes bien verifiées plus de six cent livres tournois, et, pour avoir payement des interests de la dite somme, en attendant le fort principal, le procureur scindicq des creanciers, au lieu d'argent contant, leur a donné sa quittance pour recevoir les dits loyers. Ils ont poursuivy plus de trois mois durant, et n'en ont peu tirer aucun denier, parceque ceux qui les doivent, se sont damoiselles de Dannemarc[145], marquées à la fesse, qui ne gaignent plus rien, et sont en friche pour l'absence de la cour; et encores, pour leur paine d'avoir tant attendu, les dites damoiselles leur ont donné la verolle, qu'ils suent à present. Nota: C'est pourquoy ils ont besoin d'argent. Je demande que le procureur scindic ait à reprendre les dites quittances pour aller luy-mesme aussi gaigner la verolle si bon luy semble, et nous fournir argent comptant, sauf à monsieur l'advocat du roy à prendre telles conclusions qu'il verra bon estre contre ceux qui ont fait de la maison d'une princesse une maison vitieuse.

—Gens du roy, concluez.

—Monsieur, j'aurois beaucoup à discourir sur la loi quod semel est imbuta; mais je la passe sous silence, et reviens au fonds.