—Escrivez, greffier:

«Il est deffendu à tous ceux qui seront gratez à telles assemblées, specialement le vendredy, de se venir plaindre; permis à ceux qui iront de mourir de faim à faute de travailler, et sans despens.»

Appelez un autre.

—Deschamps! Deschamps! on a retranché vostre ordinaire, et reduict à deux lots par repas.

—Monsieur le lieutenant, je plaide pour une honneste femme qui est de la paroisse S.-Paul, ayant soixante et deux ans pour le moins, et qui a toutes les babines usées à force de dire son chappellet, qui est tousjours en trance, plaine d'inquietude à cause d'une fille qu'elle a qui va souvent aux cours se promener avec les financiers et la noblesse, et qui va entendre une petite messe à l'Ave-Maria pour deviser plus à son aise; la pauvre mère a beau luy faire des remontrances au vieux loup, et mesme, pour tascher à corriger sa fille, elle norit un petit moineau, à qui elle dict souvent en sa présence: Guillery, garde ta queüe[150]. Nonobstant elle ne fait que sauter, dancer, chanter, et n'en tient conte. Elle voudroit bien la marier, mais elle ne trouve personne pour son argent, par ce qu'elle a pris un trop grand vol; elle demande d'où peut proceder cela, et luy donner conseil.

—Ma bonne dame, levez la main. Par le serment que vous avez faict, dites vérité. Comment vous estes-vous gouvernée en jeunesse?

—Monsieur le lieutenant, elle est sourde; elle n'entend pas ce que vous luy dictes.

—Procureur, faictes-luy entendre et criez bien haut.

—Madame, monsieur le lieutenant demande comment vous vous estes gouvernée en jeunesse?

—Et Dieu! mon amy, je ne viens pas icy pour cela; je viens pour avoir conseil. Ne songez plus au temps passé; chacun a faict sa charge, faictes la vostre. C'est à un curé de nostre parroisse à qui j'ay autrefois tout dict, qui est mort, et puis il s'est passé depuis quarante ans, plus de trois jubilez, qui nous ont tout debarbouillez.