[237]: Le poète Vauquelin des Yveteaux, dont M. P. Blanchemain a réuni pour la première fois les Œuvres poétiques (Paris, Aubry, 1854, gr. in-8), n'avoit été que deux ans, de 1609 à 1611, précepteur de Louis XIII; mais il avoit conservé du crédit à la cour.—Cette pièce, qui témoigne de l'idée qu'on avoit de sa puissance, même dans sa retraite, et qui n'est pas, par conséquent, indifférente pour sa biographie, n'a été connue ni de M. P. Blanchemain, ni de M. J. Pichon dans ses Notices biographiques et littéraires sur la vie et les ouvrages de Jean Vauquelin de la Fresnaye et Nicolas Vauquelin des Yveteaux, Paris, Techener, 1846, in-8.

[238]: Accouplé, doublé. Dans ce sens, on avoit le substantif appariation. V. Montaigne, liv. 2, ch. 12.

[239]: «Son Rodomont, autre imitation (de l'Arioste) qui n'a guère plus de sept cents vers, lui étoit payé plus de 800 écus d'or, de ces écus dits à la couronne: plus d'un écu par vers.» Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle, Paris, Charpentier, 1843, in-12, p. 423 (art. sur Desportes).

[240]: Brossette mentionne, dans une de ses notes sur la satire 4e de Regnier, ce passage de la Muse infortunée, qu'il dit être confirmé par Colletet. Ainsi, selon lui, il est certain que Henri III donna à Desportes «dix mille écus d'argent comptant pour mettre au jour un très petit nombre de sonnets.» Balzac, dans un de ses Entretiens, énumère les dons que Desportes reçut en récompense de ses poésies, sans oublier l'abbaye dont M. de Joyeuse le gratifia pour un sonnet; et il ajoute: «Dans cette même cour où l'on exerçoit de ces libéralités et où l'on faisoit de ces fortunes, plusieurs poètes étoient morts de faim, sans compter les orateurs et les historiens, dont le destin ne fut pas meilleur. Dans la même cour, Torquato Tasso a eu besoin d'un écu, et l'a demandé par aumône à une dame de sa connoissance. Il rapporta en Italie l'habillement qu'il avoit apporté en France après y avoir fait un an de séjour, et toutesfois je m'assure qu'il n'y a point de stance de Torquato Tasso qui ne vaille autant pour le moins que le sonnet qui valut une abbaye. Concluons que l'exemple de M. Desportes est un dangereux exemple; qu'il a bien causé du mal à la nation des poètes; qu'il a bien fait faire des sonnets et des élégies à faux, bien fait perdre des rimes et des mesures. Ce loisir de dix mille escus de rente est un écueil contre lequel les espérances de dix mille poëtes se sont brisées. C'est un prodige de ce temps-là, c'est un des miracles de Henri III, et vous m'avouerez que les miracles ne doivent pas être tirez en exemple.»

[241]: C'est de l'Institution du Prince, épître didactique dédiée par des Yveteaux à monseigneur le duc de Vendôme, dont il avoit d'abord été le précepteur, que le poète veut parler. Elle fut publiée pour la première fois à Paris, 1604, in-4. M. P. Blanchemain en a fait la première pièce de son édition de Des Yveteaux. Elle commence par ce vers, qui rappelle le prénom du jeune prince à qui elle est adressée et qui explique ce qu'on lit ici:

César, fils de Henri, le miracle du monde.

Après la mort de Louis XIII, Des Yveteaux, qui espéroit sans doute devenir précepteur du fils comme il l'avoit été du père, écrivit à l'intention du jeune Louis XIV une Institution du Prince, en prose, de laquelle il ne retira aucun des avantages qu'il espéroit, et qu'il ne fit pas même imprimer. M. Blanchemain l'a donnée d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale.

[242]: Brossette, dans la note citée tout à l'heure, l'appelle Claude Garnier, et il faut voir, par conséquent, en lui, le poète famélique qui fit alors sous ce nom tant de congratulations rimées pour toutes portes de circonstances: Discours au Roy; Ode pindarique sur la naissance du Dauphin, en 38 strophes, anti-strophes et épodes; Ode pindarique à la Royne; Élégie à la Royne; Chant de réjouissance en la neuvième année de la réduction de Paris;—pièces recueillies toutes sous le titre de les Royales couches ou les naissances de Monsieur le Dauphin et de Madame, composées en vers françois par Claude Garnier, Parisien..., Paris, Abel L'Angelier, 1606, in-8. Il faut ajouter à ce volume, très rare, d'abord un poème en 4 chants intitulé l'Amour victorieux, puis le Livre de la Franciade, à la suite de celle de Ronsard, par Cl. Garnier, Parisien, 1604, in-8; quelques vers insérés dans le volume qui a pour titre: le Temple d'honneur, où sont compris les plus beaux et héroïques vers de ce temps non encore veus et imprimés sur la mort de Florimond d'Ardres... Paris, 1622; et enfin une pièce qui rentre dans le genre des premières et de celle que nous donnons ici. Elle a pour titre: Panégyrique sur la promotion de monseigneur le président Séguier à la dignité de garde des sceaux, dédié au Roy, par Garnier, Paris, 1633, in-8. La date de cette pièce, comme déjà celle de 1624 que porte la Muse infortunée, prouve qu'on s'est trompé, dans toutes les biographies poétiques, lorsqu'on a fait mourir notre poète en 1616. On se fondoit sur ce que, après 1615, époque où, selon Beauchamps, il fit représenter une pastorale, on n'avoit plus vu rien paroître de lui. Cette note bibliographique, en même temps qu'elle complétera la liste de ses œuvres, lui servira donc de certificat de vie pour plus de dix-sept années.

[243]: Pour invitation.

[244]: Dans les comédies pieuses de ce temps-là, s'il s'agissoit, comme ici, du sang de quelque innocent criant vengeance, par exemple du sang d'Abel, on trouvoit moyen de mettre la chose en action. Voici ce que Tallemant fait raconter à ce sujet par Bois-Robert (Historiettes, édit. in-12, t. 3, p. 142): «Il dit que, de ce temps-là, on s'avisa de jouer dans un quartier de Rouen une tragédie de la Mort d'Abel. Une femme vint prier que son fils en fût, et qu'elle fourniroit ce qu'on voudroit. Tous les personnages étoient donnés; cependant les offres étoient grandes. On s'avisa de lui donner le personnage du Sang d'Abel. On le mit dans un porte-manteau de satin rouge cramoisi; on le rouloit de derrière le théâtre, et il crioit: Vengeance! vengeance!»