A Monsieur des Yveteaux, precepteur du Roi.[237]
Ode.
Hé quoy! des Yveteaux, n'est-ce pas un grand fait
Qu'un poëte ignorant, un rimeur imparfait,
Trouve ce qu'il désire,
Et que le vray poëte, en ce mal-heureux temps,
Languit en son bien-dire,
Comme la fleur sechée au declin du printemps!
Que les moins relevés et les plus tard venus
Sont les plus en fortune et les mieux recogneus
De biens et de loüange;
Et qu'estant le sçavoir en l'oubliance mis,
Et le prix dans la fange,
L'erreur est au Pactole, ayant de bons amys!
Est-ce honte ou forfait de tesmoigner aux roys
Qui sont les bons esprits, qui sont les bonnes voix
Dignes de leurs merveilles!
Les cygnes verront-ils, à faute de secours,
Preferer les corneilles!
L'or, cedant à la paille, aura-t-il moins de cours!
Faut-il abandonner et les roys et leur cour!
Faut-il chercher loing d'eux un moins noble sejour
Pour avoir de la gloire!
Et pour estre en lumière (accident nompareil,
Hideux à la mémoire!)
Faut-il aimer l'ombrage en fuyant le soleil!
O le barbare siècle in-experimenté!
Qu'en diront les mieux nays de la posterité!
Car tousjours la froidure
Ne blanchit la campagne, et tousjours les frimas
Ne gastent la verdure:
C'est une loy d'en haut qui respond ici-bas.
Quand l'orage est passé l'on void rire les airs;
Quand la tempeste cesse on void flamber les mers
Soubs les frères d'Heleine.
On pourra voir de mesme un temps comme jadis,
Où la saincte neufvaine
Aura pour nostre enfer un heureux paradis.
Que les hommes sont froids! qu'ils ont peu de vouloir!
Ha! que leur amitié se fait bien peu valoir
Au climat où nous sommes!
Les bois et les rochers ont plus de sentiment
Aujourd'huy que les hommes:
La chose qui leur touche est leur seul élément.