Lisez hardiement, car il n'y a pas d'heresie.

A Paris, imprimé par Nicolas Lefranc, demeurant vis-à-vis les Cordeliers.

M.DC.XII.

In-8[312].


Sermon du Cordelier aux soldats.

Un cordelier tomba entre les mains
D'aucuns soldats, non pas trop inhumains,
Qui luy ont dit: Frère, qu'on se despeche:
Fay nous icy quelque beau petit presche
Pour resjouyr la compagnie toute.

Le cordelier, qui leur parler escoute
Sans s'estonner, ne leur refusa poinct,
Et pour prescher commença en ce poinct:

Je ne sçaurois assez vous collauder.
Messieurs, dit-il; je veux bien asseurer
Que vostre train, pur, innocent et munde,
A cil de Christ ressemble estant au monde.

Premièrement, il hantoit les meschans:
Sy faictes-vous, et les allez cherchans;
Il ne fuyoit les noces et banquetz:
A table on oit nuict et jour vos caquetz;
A luy venoient paillards et publicains:
Avecques vous sont tousjours les putains;
En croix pendu fut avec les larrons:
En tel estat de bref nous vous verrons;
Puis vous sçavez qu'aux enfers descendit:
Vous aurez bien un semblable credit;
Il en revint, puis au ciel s'envola:
Mais vous jamais ne bougerez de là.
Voilà sans faute, en oraison petite,
De vostre estat la louange deduicte.