Par exemple, Sire, il est très necessaire de considerer le peu de commoditez que tous vos sujets en general reçoivent des estrangers, et encore de se peu de chose ils peuvent leur en passer.
D'autre part, les grands moyens que nous avons en France de tirer des nations estrangères leur or et leur argent (et non pas eux le nostre, comme ils font tous les jours) par les ventes de nos bleds[138], vins, sels, pastels[139], toilles, draps[140], et d'un nombre infiny de diverses marchandises et manufactures, desquelles vostre royaume peut facilement (et sans s'incommoder en aucune façon que se soit) les secourir, et desquelles marchandises et manufactures ils sont en necessité.
Neantmoins, depuis quelques années la grande negligence des François a fait desbaucher les ouvriers, desquels les estrangers se servent maintenant, comme de la drapperie de laines, toilles, gros cuirs, cordages[141], bonnetteries et autres diverses manufactures, qu'à present ils nous apportent en telle quantité, qu'ils enlèvent la plus grande partie de l'or et argent de vos subjects, et icelles marchandises et manufactures se faisoient par cy-devant en vostre royaume, ce qui maintenoit vos peuples argenteux, faisoit vivre et employer les pauvres, si bien qu'à present il s'en voit une si grande abondance de toutes parts[142].
Nous avons les moyens plus faciles que toutes les nations du monde pour manufacturer toutes sortes d'estoffes et marchandises qu'elles nous sçauroient fournir, et de les réduire à meilleure condition, d'autant que nous pouvons prendre tout ce qui est necessaire pour cet effet sur nous, sans les requerir d'aucunes choses, ce qu'elles né peuvent faire.
L'Italie nous envoyé et apporte une infinité de diverses sortes de draps de soye, comme toilles d'or et d'argent[143], sarges de Florence[144], et de Rome et autres marchandises, de toutes lesquelles les François se peuvent très facilement passer.
Dans Paris[145], Tours, Lyon, Montpellier[146], et autres villes de ce royaume, se trouvent d'aussi bons et meilleurs ouvriers qu'il s'en puisse rencontrer pour faire des velours, satins, taffetas et autres marchandises de soye, autant belles et bonnes qu'il s'en puisse faire dans l'Europe.
L'Allemagne nous fait amener des buffles[147], chamois, fustaines[148], bouccasins[149] et grand nombre de quincaillerie et autres diverses denrées.
Nous avons dans Poictiers nombre d'ouvriers qui accommodent les peaux de bœufs, vaches, chèvres, moutons et autres en façon de buffles[150] et chamois[151], qui sont tous bons et de meilleur service que ceux qui nous viennent d'Allemagne et autres lieux[152].
D'autre part, le Limosin et le pays de Forest sont plus que suffisants à fournir vostre royaume de toutes sortes de quincaillerie aussi belles, bonnes et bien faictes que l'on nous sçauroit apporter. Les Espagnols (meilleurs mesnagers que nous), pour trouver le bon marché, se viennent fournir de quincaillerie en ces deux provinces, pour porter aux Indes et autres lieux[153].
La Flandre, avec grand profit qu'elle gaigne sur nous par la vente de ses tapisseries, peintures, toilles, ouvrages et passements, dans lesquels il se fait une excessive despence (à quoy Vostre Majesté a sagement et prudemment pourveu[154]), camelots, sarges, maroquins et autres marchandises, toutes lesquelles nous doivent estre comme indifferents.