Le Pasquil du rencontre[290] des Cocus à Fontainebleau[291].

In-8.

En m'acheminant l'autre jour
A Fontainebleau, beau sejour,
Pensant mon voyage parfaire
Et consulter un mien affaire,
Je rencontray en mon chemin
Un subject de rire tout plein:
Ce fut grand nombre de cocus
De diverses plumes vestus,
Les uns grands, les autres bien gros,
Autres à voler bien dispos;
Les uns, vestus à la legère,
Tenoiont la place de derrière:
Comme les grues, sans desordre
Ils y voloient tous en bel ordre,
Faisant, ainsy que fait la foudre,
De tous cotez voler la poudre.
D'airondelles si grand ensemble,
Aucun n'a point veu, ce me semble,
Soit qu'en voulant la mer passer
Et nostre climat delaisser,
Elles aillent en autre contrée
Eviter les coups de Borée,
Ou soit qu'arrière retournans
En nostre saison au printemps;
Au dedans de nos cheminées,
Qui du feu ne sont enfumées,
Ou bien en quelque autre endroict
Elles se logent plus à droict.
Egarez furent mes esprits,
Me voyant tout à coup surpris
Et partout d'eux environné;
Cela me rendit estonné.
Lors tout pensif je m'arrestay,
Et les comptemplant m'apprestay
Pour entendre ce qu'ils vouloyent
Et pour quelle fin ils m'avoyent
Ainsy de tout point entouré.
L'un, plus que les autres avancé,
D'un rouge plumage vestu,
Commença à chanter: Cocu!
Je suis vray cocu cocué,
Car la huppe[292] quy m'a couvé
S'est posé en mon nid le jour,
Y faisant son plaisant sejour.
Las! j'ay fait tout ce que j'ai peu
Pour chasser du nid ce Peu-Peu[293],
Et, n'en pouvant avoir raison,
Ce m'a esté occasion
Qu'à la justice me suis plainct;
Mais j'ay esté enfin contrainct
Me contenter de cent escus
Pour estre du rend des cocus,
Par la prière des amis
Qui pour ce en peine se sont mis,
Et ce quy m'a plus attristé,
C'est que par après j'ay esté
Contrainct de recognoistre un faict
Qu'en verité je n'ay pas faict.
Mais, comme font les malheureux,
Je me conforte que plusieurs
Sont en ce monde recogneus
(Comme je suis) pour vrais cocus.
Les cocus, se sentant picquez
De ce chant, se sont ecriez
Après luy de confuse voix:
Pourquoy est-ce qu'avec abois
Tu nous chante telle chanson?
Ce n'est maintenant la saison
Que les cocus doivent chanter.
Laisse le printemps retourner,
Car, bien que cocus en tout temps
Chantent ès maisons doucement,
Chacun sçait bien, non par abus,
Que nous sommes hommes cocus,
Et si l'on ne le diroit pas:
Car le cocus a tant d'appas,
Que, comme dit le bon Pasquin,
Mieux vaut le cocu que coquin.
L'un, de la goutte se plaignant,
S'attristoit d'un aveuglement;
Mais que pas ne se soucioit
Si pour cocu l'on le tenoit.
Un autre, qui est vrai badin,
Pensant à ses chants mettre fin,
Chanta: Que pensez-vous, cocus?
Nul aujourd'hui n'a des escus
S'il ne donne consentement
A sa femelle doucement,
Afin qu'ils soient tous recogneus
Estre comme moy vrais cocus;
Pour estre bientost en credit
Et en tirer un bon profit;
Pour acquerir un heritage
Quy entretiendra le mesnage.
Sus donc, point ne nous soucions,
Quoy que vrais cocus nous soyons,
Pourveu que nostre douce mille
Nous face foncer de la bille[294],
De rien il ne nous faut challoir[295];
Il fait toujours bon en avoir.
Il faut aussy que Landrumelle[296]
Soit comme la maistresse belle,
Et que du marpaut[297] le courrier
Entendent fort bien le mestier;
Mais il nous faut bien engarder
Dessus l'endosse les ripper[298]
Pour n'offencer point le marpaut,
Afin qu'il ne face deffaut
De foncer à l'appointement
En jouissant de leur devant,
Et pour ne point avoir du riffle[299]
Sur le timbre[300] ou sur le niffle[301],
Il nous faut bientost embier[302],
Et en la taude[303] le laisser,
En rivant fermement le bis[304]
A la personne du taudis.
Si vous n'entendez le narquois[305]
Et le vray jargon du matois[306],
Il ne faut pas aller bien loing,
Mais seullement au port au foing:
En peu de temps vous l'apprendrez,
Et vrai narquoy en retiendrez.
Je fus là longtemps arresté
Et par ces chansons retardé
De continuer mon chemin,
Jusques à ce qu'un mien voisin,
Quy avoit ouy tous ces desbats,
Me dit: Eh bien! n'es-tu pas las
De tous ces cocus escouter
Et leur verité raconter?
Un vray cocu en cocuage
Se dit maintenant le plus sage;
C'est le jouet de maintenant
Et de plusieurs le passe-avant[307].
Tu les vois souvent par les rues
Cheminer hault comme des grues,
Contrefaisant les gens de bien,
Car toutes fois ce n'en est rien.
Lors les cocus, sans plus rien dire,
Chacun en son nid se retire,
Se sentant par ces mots taxés,
Et de mon voisin offensés.
Pour moy, estant delivré d'eux,
Je continuray fort joyeux
Mon chemin à Fontainebleau,
Pour là apprendre de nouveau
D'autres cocus que je sçauray,
Et tous leurs noms je vous diray;
Mais durant ce voyage court,
Ce bon fripon, ce frippetourt,
Vous prie boire du matin
Soit blanc ou cleret de bon vin.
Toutefois, devant que partir,
Nouvelles je veux departir,
Si vos oreilles debouchées
A les ouïr sont disposées;
Ce qu'en bref à vous je veux dire,
Ce sera pour vous faire rire:
C'est que j'ay veu force corneilles
Quy parloient et disoient merveilles,
Et, comme apprises elles estoient
De jeunesse à parler, disoient
Que, s'estant sur arbres posées
Et assez longtemps reposées,
Elles avoient veu par un matin,
Dessous la treille d'un jardin,
Donner un barbarin clystère
Par devant, et non par derrière,
A quelqu'une que le cujus[308]
Avoit pris cueillant du vert-jus;
Mais que, la porte ouverte estant,
Cela feut sceu tout promptement
Par une femme de peu de prix
Qui tiroit de l'eau à un puits,
Quy dist: Pour moy ne vous ostez,
Mais vostre besongne achevez.
Deux bons compagnons rubaniers
Qui travailloient à leurs mestiers,
Par la fenestre regardant,
Veirent bien tout ce mouvement,
Et d'une très bonne manière
Branler les quartiers de derrière,
Et la femme du loup les branles
Danser, la queue entre les jambes,
Faisant à son homme porter
Les cornes pour son front orner.
Bien souvent à telle pratique
Les femmes ouvrent leur boutique
Pour acquerir à leurs cocus
Un tresor infini d'escus.
Bien peu de cocus ont souffrance;
Cocus ont toujours abondance,
Jamais ils ne manquent de rien,
Et si, par un subtil moyen,
Ils accumulent leurs richesses
Par le doux mouvement des fesses
De leurs femmes, quy, en branlant,
Vont toujours tresors amassant.
Ce n'est donc pas petite gloire,
A ces cocus de plume noire,
D'estre cocus sans s'irriter.
Puis que nous voyons Jupiter
En son front des cornes paroistre[309].
Ne faut-il pas suivre son maistre?
Ce dieu, qui regit les humains,
Fait tout par de puissans desseins,
Et rien de mortel ne respire
Qui ne cognoisse son empire.
Vulcain, par Mars rendu cocu,
S'en est-il pas bien aperceu,
Et, par sa plus forte vengeance,
Forgeant des chesnes en diligence,
Se pleust lui-mesme d'avoir pris
En ses lacs Mars avec Cypris.
Ce n'est donc pas sans un subject,
Si l'amour estendit son traict
Aux femmes quy font residence
En la celeste demeurance
Du fameux sejour de nos roys,
(Où tout ploie sous leurs lois)
A Fontainebleau, le village
Où l'on ouyt souvent le ramage
Des cocus, cornards habitans,
De quy les femmes aux courtisans
Servent bien souvent de monture,
Picquées d'esperons de nature.
Ne soyez donc pas trop marris,
Marchands et bourgeois de Paris,
Si la court fait sa quarantaine
En ces bois où la douce haleine
Des nymphes de Fontainebleau
Captive les esprits plus beaux.
Soyez donc cocus volontaires,
Fort doux à vos bonnes commères,
Et, lors que vous les trouverez
Avec leurs amis accouplez,
Feignez d'avoir, comme escarboucle[310],
De l'air mauvais la veue trouble.
C'est un honneur que d'endurer
Des cornes sur son front germer:
Rien n'est aussi beau que des cornes.
Souvent on voit le capricorne
Toujours quelque bien presager.
Un autre signe mensonger
Ne nous predit jamais merveille,
Et jamais teste sans cervelle
N'eust la patience de Job.
C'est trop courre et aller au trot;
Arrestons-nous vers la demeure
D'un beau chef-d'œuvre de nature
Quy veut donner à son païsant
Un très agreable present:
C'est ceste corne d'abondance
Qui fait que mon dessein s'avance
A vous deduire à petit bruict
Que les clairs astres de la nuict
Sont obscurcis par la chandelle
Qu'on offre au temple d'une belle
Et sur l'autel ores vanté
De la nouvelle deité.
Mais je veux finir mon voyage,
Vous apprenant, en homme sage,
Qu'en ce lieu de Fontainebleau
On entend partout l'air nouveau
Du plaisant oiseau le ramage,
Qui dit Coucou en son langage.
Je n'ay pas maintenant loisir
De davantage en discourir.

Exemplaire punition du violentent et assassinat commis par François de La Motte, lieutenant du sieur de Montestruc, en la garnison de Mets en Lorraine, à la fille d'un bourgeois de la dite ville, et executé à Paris le 5 decembre 1607.