Sans ce fruict, je serois ainsi qu'un corps sans ame,
Qu'une ame sans esprit, qu'un esprit sans raison,
Qu'un debile arbrisseau planté hors de saison,
Et qu'un fidele amant eloigné de sa dame.
C'est par luy que je règne et regis les puissances
De l'homme, qui se dit le roy des animaux;
Par luy je suis l'arbitre et des biens et des maux,
Des noises et des ris, des combats et des danses[403].
Sonnet sur le mesme sujet.
Quand, par un double effort d'adresse et de courage,
Promethée enleva du haut du firmament
Ce qu'avoit de plus pur le plus noble element
Afin de donner vie à sa nouvelle image,
Il vid proche d'un muid plein de fort bon breuvage
Bacchus, tout jeune encore, estendu plaisamment,
Assoupy de vapeurs, ronflant profondément,
Sans soucy des mortels et sans crainte d'outrage.
Luy, voyant qu'il pourroit, sans troubler son repos,
Le prendre adroitement, l'emporta sur son dos;
Et, pour luy preparer un sejour qui fust leste,
Il façonna mon corps comme un ciel portatif,
Clair, poly, transparent ainsi qu'un corps celeste,
Pour y garder chez luy cet illustre captif.