Mon Dieu! que l'homme est souvent miserable!
Souvent je dy, mais, las! c'est pour tousjours,
Le long des nuicts, tout le long de ses jours,
Estant debout, ou assis à la table.
C'est un sablon inconstant et muable
Comme le vent; c'est un fourneau d'amours,
Suivant ses veux par mille ordes destours,
Subjet d'envie et la chasse du diable.
Que s'il desire arrester ses malheurs,
Ainsi que toy, qu'il monstre ses douleurs
Au Medecin et de mort et de vie,
Disant: Mon Dieu, aye pitié de moy;
Donne-moy paix et me retire à toy,
Car mon ame est de trop de maux suivie.
Les Misères de la Femme mariée[450].
Muses, qui chastement passez vostre bel aage
Sans vous assujettir aux loix du mariage,
Sçachant combien la femme y endure de mal,
Favorisez-moy tant que je puisse descrire
Les travaux continus et le cruel martyre
Qui sans fin nous tallonne en ce joug nuptial.
Du soleil tout voyant la lampe journalière
Ne sçauroit remarquer, en faisant sa carrière,
Rien de plus miserable et de plus tourmenté
Que la femme subjette à ces hommes iniques
Qui, depourveuz d'amour, par leurs loix tiraniques,
Se font maistres du corps et de la volonté.
O grand Dieu tout-puissant! si la femme, peu caute[451],
Contre ton sainct vouloir avoit fait quelque faute,
Tu la devois punir d'un moins aigre tourment;
Mais, las! ce n'est pas toy, Dieu remply de clemence,
Qui de tes serviteurs pourchasses la vengeance:
Tout ce malheur nous vient des hommes seulement.
Voyant que l'homme estoit triste, melancolique,
De soy-mesme ennemy, chagrin et fantastique,
Afin de corriger ce mauvais naturel,
Tu luy donnas la femme, en beautez excellente,
Pour fidèle compagne, et non comme servante,
Enchargeant à tous deux un amour mutuel.