Voicy que le grand Dieu vous mande par ma bouche:
La teigne rongera, dict-il, jusqu'à la souche,
Ces rameaux esgarez de vos perruques d'or;
Et, de vostre poictrine allongeant l'ouverture,
Je mettray tout à nud, jusque soubs la ceinture,
Vostre honte au soleil, s'il vous en reste encor.

Le temps, le temps viendra, changement bien estrange!
Qu'on vous verra trotter pieds deschaux par la fange,
Pour ces grands eschaffaulx de patins hault montez;
Et lors, sous vos lassis à mille fenestrages[411],
Raiseuls et poincts couppés[412], et tous vos clairs ouvrages,
Ne se boufferont plus vos gros seins eshontez.

Je vous arracheray de la teste pelée
Ces lunettes d'esmail à l'oreille emperlée[413],
Qui vous font rayonner le front de toutes parts;
Je rompray vos estuis, vos boettes, vos fioles;
Et la cendre et les pleurs, dont serez toutes molles,
Seront vos eaux de nafe[414], vos poudres et vos fards.

L'or qui vous roule èsbras en cent tours de chaisnettes,
Et qui volle sur vous en mille papillettes[415],
Chassé par la cadène[416], à Babel s'enfuira;
Vos atours les suivront, et vos pendans d'oreilles,
Et ce qui à Thamar vous faict sembler pareilles:
Vostre laydeur pour masque assez vous suffira.

Bourrelets, affiquets, et toutes ces machines
A ceindre vostre poil et le mettre en crespines,
Seront pour le vieux fer et pour le vieux drapeau;
Et, pour l'assortiment de tant d'habits si braves,
A grand'peine aurez-vous, miserables esclaves,
Un lambeau deschiré qui vous couvre la peau.

Ces mantelets garnis d'un pied de broderie,
Bourses et espingliers, flambans de pierreries,
Seront pour le butin des soldats triomphans;
Et ces miroirs polis, dont la trompeuse glace
Brusle si sottement vos cœurs de vostre face,
Serviront de jouets à leurs petits enfans.

Ces cofrets diaprez et ces fatras de chambre,
Toilettes et peignoirs, soufflant le musq et l'ambre,
Couvre-chefs de fin lin, dentelés alentour,
Et ces coiffes de nuict faictes en diadesme,
Orgueil demesuré! s'en yront tout de mesme:
Auriez-vous plus la nuict de faveur que le jour?

Somme, au lieu de parfums, vous aurez pour escorte
L'horrible puanteur d'une charogne morte;
Pour ces beaux ceinturons qui vous serrent les reins,
Le ventre desbraillé comme pauvres bargères;
Vous suivrez le bagaige à grands coups d'estrivières,
L'injure et le mespris des goujards[417] inhumains.

Ces tresses, par surtout, sources de vos detresses,
Qui m'ont tant irrité, trouveront des maistresses
Qui, râclant jusqu'au test[418], m'en sçauront bien venger;
Ces robes à plain fonds à gros bouffons et manches
Ne feroient qu'entrapper[419] et vos bras et vos hanches:
Un sac, pour bien courir, vous sera plus leger.

Ce visage poupin, qui met en jalousie
Le lis accompaigné de la fleur cramoisie,
Si bien contregardé, si frais, si en bon poinct,
Sera plus laid qu'un More à la couleur tannée,
Plus ridé qu'une peau seiche à la cheminée,
Et plus rouillé qu'un pot que l'on n'escure point.