Ho! ho! je n'y prenois pas garde:
Alors que sans songer à mal je vous regarde,
Vostre œil en tapinois me derobe mon cœur.
O voleur! ô voleur! ô voleur! ô voleur[316]!

Climène.

Ma chère, il est poussé dans le dernier galant,
Il est du dernier fin, il est inimitable,
Dans le dernier touchant; je le trouve admirable.
Il m'emporte l'esprit............

Mascarille.

Et ces voleurs, les trouvez-vous plaisans?
Ce mot de tapinois?

Climène.

Tout est juste, à mon sens.
Aux meilleurs madrigaux il peut faire la nique,
Et ce ho! ho! ho! ho! vaut mieux qu'un poeme epique.

Mascarille.

Puisque cet impromptu vous donne du plaisir,
J'en vay faire un pour vous tout à loisir:
Le madrigal me donne peu de peine,
Et mon genie est tel pour ces vers inegaux
Que j'ai traduit en madrigaux,
En un mois l'histoire romaine.

Si les vers ne me coustoient pas davantage à faire qu'au marquis de Mascarille, je vous dirois, dans ce genre d'ecrire, tous les applaudissements que les Precieuses donnoient au Precieux. Mais, Madame, mon antousiasme commence à me quitter, et je suis d'advis de vous dire en prose qu'il vint un certain vicomte remplir la ruelle des Precieuses, qui se trouva le meilleur des amis du marquis: ils se firent mille carresses, ils dancèrent ensemble, ils cajollèrent les dames; mais enfin leurs divertissements furent interrompus par l'arrivée des amants mal traittez, qui malheureusement etoient les maîtres des Precieux. Vous jugez bien de la douleur que cet accident causa, et la honte des Precieuses lors qu'elles se virent ainsi bernées. Suffit que la farce finit de cette sorte, et que je finis aussi ma longue lettre, en vous protestant que je suis avec tout le respect imaginable,