L'apparition de Saincte Gertrude à Madame l'abbesse de Maubuisson[173] estant au mal d'enfant.
Un Italien incogneu
En France tout seul est venu
N'ayant aucune compagnie;
Mais en France s'est bien trouvé,
Estant fort bien envitaillé
Pour resjouir sa grande amie.
Il a fort bien faict ses affaires
Et a gaigné de grands thresors.
Car, se donnant de grands efforts,
Soubs luy tout le monde faict taire.
Tous les thresors qu'il a conquis
C'est par fraude et par piperie;
Il a gaigné, par mon advis,
Pour faire duchesse sa fille.
Il n'y a François au monde quy ait l'esprit tel comme ceste nation estrangère, car les plus beaux esprits de la France, en telle part que ce soit, ne sçauroit si bien bastir sa fortune en estrange pays comme fait une quantité de race coyonnesque quy se bastissent incontinent au naturel des vrais François; ils leur veulent faire accroire qu'ils sont meilleurs que ne sont les naturels du pays, encore qu'ils feussent de Sainct-Denis ou d'Aubervillier, et veulent dire comme les bonnes femmes de Paris, Aubervillier vaut bien Paris, choux pour choux.
Les nouvelles admirables lesquelles ont envoyées les patrons des gallées qui ont esté transportez du vent en plusieurs et divers pays et ysles de la mer, et principallement ès parties des Yndes. Et ont veu tant de diverses nations de gens et de bestes que c'est merveilles. Desquelles la declaration appert en ces presentes lettres. Escriptes en la cyté d'Arjel, le VIe jour de may[174].
Nos très chiers et parfaictz amys seigneurs de Porion et de Saint-Germain, frequentans la mer en la region occidentalle, nous nous recommandons à vous et à tous noz amys de par delà, vous faisans savoir que depuis nostre partement à la fortune des vens, nous avons esté transportez en plusieurs pays et ysles en la mer. Et premièrement en l'ysle de Coquelicaris, où les hommes sont de merveilleuse figure et sont bonnes gens. Ilz nous ont consolez et confortez en leur langaige, qui est bien estrange. Et ont le stature de grandeur environ comme geans; leurs yeulx esclèrent la nuyt comme torche, et voyent plus de nuyt que de jour; le nez long de trois piez et la barbe longue jusques à terre, verte comme pré; la queue comme ung lyon, et mengent ung mouton à l'heure. Ils boivent, le jour, la mer sallée, et, la nuyt, chascun bien douze potz de vin; ilz sont de telle nature que ils s'endorment par l'espace de trois jours et trois nuytz, et, quant ilz sont reveilliez, ils font ung si grant et si horrible cry qu'on les orroit braire de quatre à cinq lieues; ilz tyrent à la charue comme chevaulx et font leur labour sans ayde de bestes.