Satyre sur la barbe de monsieur le President Molé[384].
Je chante d'un chant satirique
Une laide barbe cynique,
La barbe et le menton barbu
De Molé, juge corrompu;
Barbe sale, barbe vilaine!
Barbe infame, barbe inhumaine,
Barbe qu'a fait un partisan
Aux frais du pauvre paysan;
Barbe affreuse, barbe maudite,
Barbe d'un diable d'hypocrite,
Barbe d'un infame Martin,
Grand defendeur de Mazarin,
Qui s'offriroit pour un ecu
De serviette à torcher le cul;
Barbe qui tout prend et devore,
Barbe que tout le monde abhorre,
Barbe ravalée en pendant,
Barbe à qui je porte une dent,
Barbe cruelle, barbe fière!
Barbe que je souhaite en bière,
Par tel et semblable danger
Que le president Boulanger[385];
Barbe qui voudroit voir la France
En Grève, au bout d'une potence;
Barbe pendante au vieux menton
D'un avare et lâche poltron;
Barbe de boue, barbe de chèvre;
Barbe qui descend d'une lèvre
Qui cache un ratelier de dents
Plus puantes que souffre ardant;
Barbe qui entoure une bouche
Qui produit une voix farouche;
Barbe qui pend le long d'un col
A qui je souhaite un licol;
Barbe qui couvre une poitrine
D'où sort le mal qui nous ruine;
Barbe d'un maudit loup-garoux
Qui cause mon juste courroux.
Tu sentiras, barbe de laine,
Les traits plus piquans de ma haine;
De laine, non, je me desdis:
Il m'est permis, si j'ay mal dit,
De me reprendre et de mieux dire.
Disons donc mieux, et faisons rire
Tous ceux qui ces vers ecriront[386],
Ou ecrits après les liront.
N'appelons plus barbe de laine
Une barbe qu'avons en haine:
Ce mot est trop doux pour celuy
Qui s'engraisse du bien d'autruy;
Qui, abandonnant sa patrie,
Noircit sa memoire fletrie,
Et, comme un lache renegat,
Trahit son roy et le senat.
Apellons-la barbe piquante,
Du sang du peuple degoutante;
Barbe plus fière qu'un griffon,
Barbe du grand geant Tiphon;
Nommons-la barbe de Megère,
L'appentil de notre misère,
Le fondement de nos malheurs
Et la base de tous nos pleurs;
Nommons-la barbe à l'escopette,
Barbe qui fait notre disette,
Barbe d'un pilote infernal,
Barbe de crain d'un vieux cheval,
Barbe de soie à porc farouche,
Les brins faits en pointe de souche,
En piquans d'herisson faché,
De porc-epic effarouché,
De chardons, de ronces, d'epines
Qui piquent jusques aux racines;
Barbe d'un laid et vieux magot,
Barbe d'un traître et d'un bigot.
Je voudrois, ô barbe vilaine!
Que de merde tu fusses pleine;
Que les mules et les mulets,
Les poules et tous les poulets,
Tous les chevaux et les cavales
Des ecuries cardinales,
Les chiens, les chiennes et les chats,
Toutes les souris et les rats,
Puissent sur toy, barbe bouquine,
Barbe qui pue comme ravine,
Jetter comme sur un fumier
Tout ce qui sort de leur fessier;
Que les poux, les puces et lentes,
Morpions et punaises puantes,
Fussent dedans ton poil epars
Comme etrons dessus des remparts;
Que les chancres et les ulcères,
Plus venimeuses que vipères,
Les pustules et les poulains
Que l'on gagne avec les putains,
Et tous les autres grains semblables
Que les François prirent à Naples,
Puissent tous affliger le corps,
Tant par dedans que par dehors,
De celuy, ô barbe bigote!
Qui te cultive et te frotte;
Qu'en tombant tu sois tôt ou tard
Comme celle de Duremard:
Ainsi, menton et barbe infame,
Tu deviendras menton de femme:
Je te souhaite encore plus,
Et cecy n'est pas superflus,
Que, si les choses souhaitées
Etoient un jour executées,
Tous les poils chus ou arrachés
A un masque soient attachez
Pour servir de bouffonne trogne
Aux foux de l'hôtel de Bourgogne.
C'est là, plutost qu'au Parlement,
Que tu paroîtras dignement.
Recit veritable de l'execution faite du capitaine Carrefour, general des voleurs de France, rompu vif à Dijon, par arrest du parlement de Bourgongne, le 12e jour de decembre 1622, avec un sommaire de son extraction, vols, assassinats, et des plus signalées actions qu'il a faits durant sa vie[387]. In-8.
Rien de plus furieux, de plus superbe ny de plus insolent qu'un homme eslevé de la poussière: il gourmande le ciel, il depite les destins et croit que les astres luy sont redevables de leurs influences. Ses paroles sont foudres, ses regards des esclairs et ses deliberations des arrests irrevocables; mais ce bravache maintien ne peut longtemps durer: la violence est trop grande et les efforts trop furieux. Sçachez, ô volleur, qu'il y a encore des Hercules et des Thesées dans nostre France qui vous sçauront bien punir selon vos demerites. Nous avons des acravanteurs[388] de monstres aussi bien que l'antiquité. Puisque le capitaine est bas, la compagnie sera bientost mise en deroute. Voicy où vous devez vous mirer et apprendre que tost ou tard la justice se rend partie contre vos desportemens.