Les choses horribles contenue en une lettre envoyée à Henry de Valois par un enfant de Paris, le vingt-huitiesme de janvier 1589, selon la coppie qui a esté trouvée en ceste ville de Paris, près l'orloge du Palais. Pour Jacques Gregoire, imprimeur.
M.D.LXXXIX
Henry, vous sçavez bien que, si tost que vous fistes mettre la vray croix de Jesus-Christ hors de France[256], bien tost après par dissimulation avez exercé l'estat de la religion catholique, et fut lors vostre cœur environné d'actes et faits damnables.
Vous sçavez bien que, lorsque vous donnastes liberté à tous sorciers, enchanteurs et autres devinateurs, de tenir libres escholes ès chambres de vostre Louvre, et mesme dans vostre cabinet, à chacun d'iceux une heure le jour, pour mieux vous en instruire[257].
Vous sçavez bien qu'avez obligé vostre ame à tels gens.
Vous sçavez bien qu'ils vous ont donné un esprit familier en jouyssance, tiré du nombre de soixante esprits nourris en l'eschole de Soliman, nommé Téragon[258].
Vous sçavez bien que, pour passer plus oultre vostre malignité, avez contrainct iceux sorciers et enchanteurs de transmuer cest esprit en figure d'un homme naturel, ce qu'ils trouvèrent fort estrange; et neantmoins, avec leur art diabolique, ont accordé ceste requeste, et par faicts obliques, en corps et ame, ont faict sortir un diable d'enfer, figuré en homme; et de la region ou il fust premier apparu, ce fut en Gascogne, d'un nommé Nogeno, où il print le nom de Nogaret, ou Teragon, à cause de son premier nom Teragon, et se vint trouver au milieu de ces sorciers et enchanteurs. De bonne volonté le presentèrent à Henry estant au Louvre, accommodé comme un gentil-homme pour son conseil; le roy de Navarre, qui sçavoit la tragedie, luy envoya un homme damné nommé du Beloy, pour l'introduire plus ardemment à trahison.