Les etrennes de Herpinot[50], presentées aux dames de Paris, desdiez aux amateurs de la vertu, par C. D. P.[51], comedien françois.

A Paris, jouxte la copie imprimée à Rouen, chez Michel Talbot, imprimeur, demourant rue du Gril.

1618. In-8.

Mes dames, voicy un don incomparable, produit de la bienveillance de vostre très intime et fidelle Herpinot, premier joueur de cornemuse, sorty du tige d'Apolon et de Pan, grand aumonier de ce qu'il trouve et baron de nul lieu, et gouverneur de son vent soufflé du plus profond de ses grègues, entonné au bout d'une pièce de bois percé, et fait entendre en ce premier jour d'année en vostre faveur, en vous donnant le meilleur timbre de son harmonie et le meilleur plat de son mestier, pour et à celle fin de vous faire mourir de rire et vous donner autant de contentement comme il a eu à etudier ce ballet qu'il vous garde pour vos estrennes, qui est sur le chant:

Gaudinette, je vous aime tant[52],

air fort nouveau et amoureux, lequel vous promet vous faire entendre se par cas il se trouve disposé à vous venir trouver, et que la gelée n'empesche son entreprise, car il désire vous entretenir jusqu'au carême. Prenant tousjours de quelque chose de nouveau, et principalement en ce premier jour d'année, il se monstre vaillant de vous faire paroistre son affection en son petit ouvrage, que vous recevrez, s'il vous plait, de la main de vostre mignard Herpinot, avec plusieurs beaux stances et sonnets vouez et desdiez aux pieds de vos autels, et par ce moyen vous vous apresterez à luy presenter les siennes de votre part, lesquelles il desire de recevoir avec une affection toute particulière, et autant sinsaire qu'amiable, comme il s'apert que ce n'est un homme lequel divulgue jamais l'amitié que les dames luy portent, et aime mieux leur dire quelques gaillardises en segret qu'en compagnie, comme, par exemple, par ce discours, qu'il presente aux dames de Paris pour leurs etrennes secrettement, comme une trompette qui sonne la retraite, car le sire Herpinot ne dit chose qu'il ne veuille bien que le curieux sache, parce qu'il s'en pourra servir en parfaite occurance. Voilà comme Herpinot se gouverne en ce subtil subjet, et ne croyez pas qu'il ressemble à une infinité d'amoureux, lesquels passeront cent fois par une porte où il y aura quelque fille de chambre, laquelle aura servy en chambre vingt ans pour le moins sans n'avoir nullement fait servir son lit, mais aura bien fait servir celuy du maistre[53]. A force de jouer à la faucette, le pauvre amoureux viendra cent fois à la porte pour tacher de parler à madame la cheville, luy demander s'il luy plaist de l'avoir pour agreable et l'aimant. Douée d'une infinité de belles parolles et de discours, de dons et de presens, elle luy fera un beau refus, se disant fille de bonne maison, et non de bordeau, l'appelant insolent et indiscret en parolle, tant soit peu touché de la vérité contre son honneur. Mais le sire Herpinot n'est pas de ceste façon basty, car il propose en soy-mesme ce qu'il a envie de dire, comme, par exemple, les Etrennes des dames de Paris, où il dit:

Sonnet.

Je vous supplie de recevoir
Ce present qu'Herpinot vous donne,
Car son cœur seul vous abandonne,
Belles, si le voulez avoir.