L'abbé Furetière.
Le marquis ne crut pas s'être trompé. Il partit au plus grand matin de Versailles, et conta à tous les Courtisans de son âge tout ce qui s'etoit passé et tout ce qu'il avoit vu. En même temps cette nouvelle se repandit par toute la Cour. Le marquis de Louvois ne voulut jamais croire qu'elle vînt de son Neveu; mais, n'en pouvant plus douter après le temoignage de tant de personnes differentes, il lui lava la tête autant que son imprudence le meritoit.[305]
Brave! brave! encore une fois brave l'archevêque de Rheims, de savoir si bien planter des cornes et faire si bien cocu son Beau-frère!
L'abbé Furetière.
Il est plus brave que vous ne pensez, puisqu'il a fait cocu son neveu aussi bien que son Beau-frère.
Scarron.
Il mange donc les poules et les poulets, ce brave Cochon? Le voilà de bon appetit. N'avez-vous pas l'esprit un peu satirique?
L'abbé Furetière.
Vous allez ouïr la pure vérité. L'archevêque s'etant rendu amoureux de sa Nièce d'Aumont[306], femme du marquis de Crequi, il resolut de s'etablir auprès d'elle sur les ruines de son Mari. Il lui declara donc que son Mari etoit amoureux ailleurs, et, ayant jetté le trouble dans son esprit par cette nouvelle: «Que vous êtes folle, Madame, lui dit-il, de vous en fâcher, comme si vous n'aviez pas à lui rendre le change! S'il a fait une Maîtresse, vous n'avez qu'à faire un galant: l'un vaudra bien l'autre, et je crois que c'est là le meilleur conseil qu'on vous puisse donner.