Les libertez que vous prisez
Se separeront de vos ames,
Et tout ce que vous meprisez
Vous tallonnera dans les flammes;
Les jeusnes, les austeritez,
Contre qui vous vous irritez,
Seront vos plus doux exercices,
Et, tous rongez de desplaisir,
Vous sentirez qu'un fol desir
Peut engendrer mille supplices.
Parmy les tenebreux cachos
Où vous mettront ces Poliphèmes,
Dieu, vous privant de tout repos,
Se vangera de vos blasphèmes;
Vos crimes, qui luy font horreur,
Porteront sa juste fureur
A faire esclatter son tonnerre
Dessus vos corps chargez de fers;
Vous sentirez dans les enfers
Celuy que vous niez sur terre.
Vous ne pourrez jamais le voir,
Jamais vous ne l'aurez pour père,
Puisque vous refusez d'avoir
Sa très chère espouse pour mère.
La douceur de ce Roy des Roys
(De qui vous violez les loix
Et que vous appelés barbare
Le faisant autheur de tous maux)
Pour faire place à nos travaux
Se retirera du Tartare.
Son bras, qui ne peut se tenir
De secourir et de bien faire
S'exercera lors à punir
Ceux qui sont enclins à mal faire.
Sous la pesanteur de sa main,
Combattus de soif et de faim,
Si vous ouvrez vos bouches grandes,
Soudain les serpens, les aspics,
Les crapaux et les basilics
Les rempliront de leurs viandes[222].
Les orfrayes et les corbeaux
Tiendront le haut bout à vos tables;
Vous n'oirez point des chants plus beaux
Que leurs cris très espouvantables;
Dans ces contagieux festins,
Vous serez serviz de lutins,
De Mégère et de Tysiphone,
Qui, vous presantant du poison,
Vous feront dire avec raison:
«Jusqu'au bord pleine tasse on donne.»
Vostre dessert sera du fiel
Force pommes de colloquinte;
L'on vous presentera le miel
Qui se rencontre dans l'absinte,
Et, quoy que pour n'en goûter pas
Vous meditiez de grands combats,
Votre deffence sera vaine:
L'on a delibération
Non par commemoration
Que vous ferez ainsi la cène.
Là on viendra vous inviter
A faire compagnie à Baize
Qui disne du corps de Luther
Qu'on a fait rostir sur la braize;
Vous verrez l'infame Astarot
Traitter le confrère Marot
Avec une main meurtrière;
C'est là qu'il dit à ce boureau:
«Je suis fait semblable à un veau
Qui boult au fond d'une chaudière.»
Luy-mesme se ronge le cœur
Et fulmine contre ses crimes,
Et cet escervelé mocqueur
Pleure au plus profond des abismes.
Les seuls dont il oit les sermons
Sont les Furies, les Demons,
Qui luy livrent dix mille allarmes,
Et dans son chaleureux tourment
Il n'a de rafraîchissement
Que le seul torrent de ses larmes.
Et moy, malheureux apostat,
Qui ay fait passage a leurs vices,
L'on m'a reduit en un estat
Où je les surpasse en supplices;
Eux-mêmes me lancent des dars,
Et, tournant leurs affreux regars
Vers mon corps brulant et difforme,
Ils crient à perte de voix
Que c'est dans l'enfer où je dois
Faire une seconde réforme.
Je le voudrois, mais je ne puis;
La justice veut que je souffre
Les misères et les ennuis
Que vomit cet horrible gouffre,
Où je suis mort pour les plaisirs,
Où mes horreurs et mes desirs
Me tiennent toujours dans l'orage,
Où tout bute[223] à me désoler,
Où rien ne vient me consoler
Que le désespoir et la rage.